Au Portugal, la prise en charge de réfugiés ukrainiens par des militants prorusses fait scandale


L’hôtel de ville de Setubal (Portugal), le 10 mai 2022. Les données personnelles de réfugiés ukrainiens dans la municipalité auraient été collectées par des proches des autorités russes.

Comment la municipalité portugaise de Setubal, située à 40 kilomètres au sud de Lisbonne, a-t-elle pu déléguer à des citoyens russes, liés à des organisations proches des autorités russes, l’accueil de réfugiés ukrainiens ? La question hante le Portugal et agite l’Assemblée de la République depuis que l’hebdomadaire Expresso a publié une enquête, le 29 avril, selon laquelle, depuis le début de la guerre en Ukraine, près de 160 réfugiés ont été reçus par Igor Kachine, ancien président du centre culturel de la Maison russe et du Conseil de coordination des compatriotes russes, et par son épouse, Youlia Kachine, employée municipale.

Responsables et fondateurs de l’Association des émigrants de l’Est Edintsvo (Unité, en russe), qui collabore depuis 2005 avec la mairie de Setubal, ces deux personnes, qui disposent de la double nationalité, ont participé à la mise en place du bureau local d’aide aux réfugiés. A ce titre, ils auraient photocopié leurs documents d’identité et posé des questions sur les membres de leur famille restés en Ukraine, selon des témoignages recueillis par Expresso.

Selon la presse portugaise, M. Kachine aurait manifesté son soutien à l’invasion de la Crimée, en 2014, organisé une rencontre des « compatriotes russes » européens à Lisbonne la même année, puis se serait rendu avec son épouse en 2008 au 6e Congrès mondial des compatriotes russes vivant à l’étranger, à Moscou, lors duquel Vladimir Poutine a pris la parole. La Maison russe aurait par ailleurs reçu le soutien de l’ambassade de Russie à Lisbonne.

« Utilisation abusive des données »

L’ambassadrice de l’Ukraine au Portugal, Inna Ohnivets, a été la première à tirer la sonnette d’alarme, lors d’un entretien à la chaîne CNN Portugal, le 8 avril, assurant que des « organisations prorusses » se sont infiltrées dans les structures d’accueil aux réfugiés et peuvent obtenir « des informations sur les données personnelles de ces réfugiés et de leurs proches qui combattent dans l’armée ukrainienne ».

Ce n’est cependant qu’après la publication du reportage d’Expresso que ses propos ont trouvé un écho politique. « Lorsque nous accueillons des réfugiés, l’Etat de droit se doit de ne pas mettre en péril leurs données privées », a déclaré le président, Marcelo Rebelo de Sousa, dès le 1er mai, demandant une enquête exhaustive.

Mardi 10 mai, des perquisitions ont eu lieu aussi bien à la mairie que dans les locaux de l’association, dans le cadre d’une enquête ouverte sur une possible « utilisation abusive des données » des réfugiés. Dans un entretien publié ce vendredi 13 mai par le quotidien Publico, le couple nie avoir transmis des informations aux autorités russes.

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via LeMonde

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