Au Québec, les « monstres » des routes ont toujours la cote

Le nouveau Ford F-150 présenté à Dearborn, Michigan, le 17 septembre 2020.

LETTRE DE MONTRÉAL

En février, sur la route 170 en direction du lac-Saint-Jean, transformé pour quelques mois en une immense surface gelée, les vents font danser la neige au ras de la chaussée. Le phénomène, appelé ici « poudrerie », apporte au conducteur la sensation de rouler sur des nuages aveuglants et glissants. Dans cette partie nord du Québec où les – 20 °C sont la norme en hiver et les tempêtes fréquentes, les pneus d’hiver sont installés dès la fin du mois d’octobre. Pas tout à fait suffisant pour apporter ce « sentiment de sécurité » dont rêve tout automobiliste dans ces conditions hostiles.

Ceci explique-t-il cela ? En tout cas, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, comme en Abitibi-Témiscamingue ou sur la Côte-Nord, le véhicule croisé le plus fréquemment quand vous choisissez de vous aventurer loin des centres-villes, est le Ford F-150. Avec ses deux mètres de hauteur, son poids – deux tonnes dans sa version la plus simple – cet énorme pick-up offre une image rassurante : avec un tel engin, impossible de craindre que la chaussée couverte de neige se dérobe ou que le ciel vous tombe sur la tête.

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Malgré un confort daté et une agilité limitée pour braquer, il permet de rouler par tous les temps. Mieux, si on a choisi l’option « chasse-neige », une lame placée sous la calandre permet de déneiger soi-même la route pour monter au chalet. Une fois la route ouverte, il est possible de charger la benne arrière d’une tonne de bois pour chauffer la maison, ou de remorquer sa motoneige afin de faire des virées autour des lacs gelés. Une force brute sur quatre roues qui permet de mieux comprendre pourquoi les Québécois ont gardé le vocable « char » pour désigner une « automobile ».

Dans ce pays de nature et de plein air, la silhouette massive de ce véhicule fait partie du décor, elle est presque un élément d’identité de ces vastes espaces. Le véhicule se décline en version basique ou luxueuse, « trappeur-chasseur » ou familiale, moteur V6 ou V8, et est possédé à 90 % par des hommes. Le slogan publicitaire du constructeur vante d’ailleurs « un dur de dur ». Mesdames les conductrices, ce monstre viril n’est pas pour vous.

« Obésité routière »

Mais ni les publicités outrageusement machistes ni les effrayants augures d’un réchauffement climatique aggravé par les émissions de gaz à effet de serre dans lesquelles les automobiles ont une large part, ne viennent contrecarrer l’engouement des Québécois pour cet engin : depuis 2011, ses ventes ont augmenté de 30 %.

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via LeMonde

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