Au Québec, une loi pour renforcer le français embrase le Canada


Des opposants anglophones à la loi 96 sur la langue française du Québec manifestent dans le centre-ville de Montréal, Québec, Canada, le 26 mai 2022.

Sujet hautement sensible au Québec, le débat sur la langue est aussi inflammable dans tout le Canada, pays officiellement bilingue. Se vivant comme un village gaulois assiégé par plus de 350 millions d’anglophones régnant sur le continent nord-américain, la Belle Province considère la langue française comme constitutive de son identité.

Le 24 mai, le gouvernement québécois Coalition Avenir Québec (centre droit, nationaliste) a ainsi adopté une loi destinée à réaffirmer sa primauté. Ce texte dit « 96 » vient renforcer la charte de la langue française qui avait fait, en 1977, du français « la langue officielle » du Québec ; il étend son usage aux petites entreprises, fait de son apprentissage un droit et un devoir fondamentaux pour tous les immigrants et les anglophones, et impose aux commerces de privilégier le français sur leurs devantures.

« C’est le début d’une grande relance linguistique », s’est enthousiasmé le ministre porteur de la loi, Simon Jolin-Barrette, qui a qualifié la législation de « première étape » vers un Québec plus francophone. C’est une question de « survie », a renchéri le premier ministre québécois, François Legault. Il a même estimé sur un ton alarmiste que, sans cet encadrement linguistique et sans avoir la main sur sa politique d’immigration, domaine relevant aujourd’hui du gouvernement fédéral, le Québec subirait inexorablement une « louisianisation », en référence à cet Etat américain où le français, autrefois majoritaire, est devenu une langue folklorique.

« Préoccupation » de Justin Trudeau

Ce nouvel acte de foi identitaire québécois a provoqué un tollé dans tout le pays. Après la loi sur la laïcité adoptée en 2019 par le Parlement québécois, le Canada « anglais » s’est insurgé de ce nouvel acte de « repli » de la province. Le puissant quotidien anglophone The Globe and Mail a multiplié tribunes et éditoriaux pour fustiger cette tentative de « sortir sur la pointe des pieds de l’ordre constitutionnel canadien », accusant la province de jouer la carte du séparatisme sans le dire.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a immédiatement dit sa « préoccupation », n’écartant pas l’idée que le gouvernement fédéral conteste la loi auprès de la Cour suprême du Canada. « Le travail de notre gouvernement sera toujours de protéger les minorités à travers le pays, spécialement les minorités de langues officielles », a-t-il affirmé, joignant sa voix à celles des Québécois de langue maternelle anglaise, environ 9 % de la population, vent debout contre la nouvelle législation.

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via LeMonde

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