Au Royaume-Uni, 20 000 bébés nés avec des difformités à cause d’une mauvaise information sur un médicament


Dans l’unité de soins intensifs néonataux du Lancashire Women and Newborn Centre de l’hôpital de Burnley (Royaume-Uni), en mai 2020,

LETTRE DE LONDRES

Les scandales du NHS, le système de santé britannique, se succèdent mais ne se ressemblent pas. Après la publication, début avril, d’un rapport terrible sur les morts évitables de 201 bébés dans des maternités des Midlands, le Sunday Times a révélé, le 17 avril, qu’un médicament contre l’épilepsie à base de valproate de sodium était toujours administré aux femmes pendant leur grossesse sans avertissement adéquat, bien que le risque qu’il entraîne des malformations graves chez le fœtus soit signalé depuis cinquante ans.

Jusqu’à 20 000 bébés sont nés avec un syndrome d’autisme, des difficultés d’apprentissage ou des difformités physiques, après que leurs mères ont pris du valproate de sodium durant leur grossesse, depuis l’autorisation du médicament au Royaume-Uni, en 1973.

En France, dans l’affaire de la Dépakine, entre 16 000 et 30 000 enfants sont aussi nés handicapés. Mais le ministère de la santé a créé un fonds d’indemnisation dès 2016 et le fabricant Sanofi a été jugé responsable, en janvier, à la suite de la première action de groupe dans le domaine de la santé dans l’Hexagone (le laboratoire a fait appel). Rien de tel au Royaume-Uni, où les familles de victimes font encore face au silence du gouvernement Johnson.

Au début des années 1970, le corps médical britannique a encore en mémoire le scandale du thalidomide, un sédatif administré dans les années 1950 et 1960 aux femmes enceintes souffrant de nausées, mais entraînant de graves malformations des membres supérieurs et inférieurs des foetus. Environ 2 000 victimes sont répertoriées à l’époque. En 1968, à la suite d’une longue campagne médiatique menée par le Sunday Times, un fonds d’indemnisation est créé – il est alors abondé par le distributeur du médicament dans le pays.

« Paternalisme »

C’est dans la foulée de ce scandale qu’est créé le Comité de sécurité des médicaments (CSM) britannique. Il examine à plusieurs reprises, entre 1972 et 1973, la sécurité du valproate de sodium, après que le fabricant Sanofi a alerté sur de potentiels effets tératogènes – dangereux pour l’embryon – lors des essais cliniques sur les animaux. Mais les membres du CSM estiment que le risque est faible et choisissent de ne pas en avertir le public.

Citée par le Sunday Times, le docteur Rebecca Bromley, spécialiste en neuropsychologie à l’Université de Manchester, livre une analyse dérangeante : la décision du comité était « probablement influencée par le paternalisme de l’époque ». Il n’a pas semblé considérer la nécessité, « pour les femmes, d’avoir leur mot à dire, en étant pleinement informées sur leur traitement ».

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via LeMonde

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