Au Royaume-Uni, les services d’ambulances, partie émergée d’un système de santé en crise


Un soignant devant l’entrée des urgences de l’hôpital Victoria, à Blackpool (Royaume-Uni), le 17 juin 2020.

« Tant que cela ne vous est pas arrivé à vous directement ou à quelqu’un de proche, vous ne réalisez pas à quel point notre système de santé est sur les genoux », témoigne la Britannique Debby Blouet. Début juillet, son père, un habitant des environs de Stroud (dans le Gloucestershire, au sud de l’Angleterre), âgé de 76 ans, s’est soudain trouvé mal, avec de grandes difficultés pour respirer. « Il ne pouvait même plus se lever et faire deux pas sans être très essoufflé. Il a appelé le 999 [le numéro des urgences], où on lui a dit qu’il n’y avait pas d’ambulances de disponible pour l’amener à l’hôpital. Il a fallu que ma sœur, qui habite plus près que moi de chez lui, à environ vingt minutes en voiture, le conduise elle-même. »

En arrivant à l’hôpital, vers 18 heures, la fille et son père trouvent le parking rempli d’ambulances, avec leurs patients à l’intérieur, dans l’attente qu’un lit ou qu’un brancard se libère aux urgences. Le père de Debbie Blouet a dû patienter jusqu’à 4 heures du matin pour voir un médecin, qui l’a renvoyé chez lui. Il lui a fallu attendre le lendemain pour être hospitalisé. « Il va mieux, heureusement. Mais des gens vont mourir à cause de nos urgences saturées », s’inquiète Mme Blouet.

Le sacro-saint NHS, le système de santé public et gratuit britannique, vit une profonde crise : épuisé par la pandémie et, avant elle, par dix années de sous-investissements, il lui manque jusqu’à 50 000 infirmiers et 12 000 médecins rien qu’en Angleterre. L’accès aux médecins généralistes devient de plus en plus compliqué – 6,2 millions de Britanniques sont sur des listes d’attente, en attente d’un traitement du cancer ou d’une opération. Mais ce sont les services d’ambulances qui, désormais, constituent la partie émergée de la crise, le premier goulot d’étranglement des malades juste en amont des urgences hospitalières.

Une attente parfois fatale

Que serait-il arrivé au père de Mme Blouet si sa fille n’avait pas pu le transporter ? De plus en plus de Britanniques se trouvent démunis, alors que les onze sociétés d’ambulances travaillant pour le NHS en Angleterre et au Pays de Galles répondent de moins en moins vite, voire plus du tout, à l’appel. Les pénuries de personnels, liées aux bas salaires ou à la résurgence du Covid-19, sont aggravées par cette habitude de garder les malades dans les véhicules le temps que des lits se libèrent. Les sociétés d’ambulances britanniques ont toutes, simultanément, déclaré un « accident critique » le 12 juillet, signifiant qu’elles étaient incapables de faire face à la demande.

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via LeMonde

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