Au Soudan, manifestations, blocages de routes et médias censurés

Un manifestant contre le régime du général Abdel Fattah Al-Burhan, à Khartoum, le 13 janvier 2022.

Médecins protestant contre des attaques d’hôpitaux, agriculteurs dénonçant l’augmentation de l’électricité et médias réclamant le droit de couvrir la crise au Soudan : le pouvoir militaire est de nouveau dimanche 16 janvier dans le viseur de la contestation.

A Khartoum, en blouse blanche, des dizaines de médecins ont remis au parquet général deux rapports sur des attaques contre des blessés, des médecins et des hôpitaux dans la répression tous azimuts des manifestants protestant contre le putsch, le 25 octobre, du chef de l’armée, le général Abdel Fattah Al-Burhan.

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L’Organisation mondiale de la santé (OMS) elle-même a confirmé « onze attaques depuis novembre ». « A chaque fois qu’il y a des manifestations, les forces de sécurité tirent des grenades lacrymogènes à l’intérieur même de l’hôpital où je travaille à Khartoum, raconte à l’AFP Houda Ahmed, une praticienne. Elles viennent même nous attaquer jusque dans le service des urgences. »

Des blessés ont été sortis de force d’ambulances ou de lits d’hôpitaux et des médecins ont été passés à tabac jusque dans des salles d’opération, affirment régulièrement des médecins.

Blocage dans le nord du pays

Mais malgré la répression qui a fait 64 morts parmi les manifestants et un policier, la société civile appelle à de nouvelles manifestations lundi pour réclamer la reprise en main par les civils de la transition vers la démocratie promise depuis 2019.

Dans le nord du pays, les Soudanais ont également manifesté dimanche contre la cherté de la vie dans l’un des pays les plus pauvres au monde. La semaine dernière, le ministère des finances a annoncé doubler le prix du kilowatt d’électricité mais, face au tollé, le pouvoir militaire a gelé sa décision.

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Malgré la reculade, des centaines de manifestants ont bloqué les routes du nord, notamment vers l’Egypte, pour réclamer une annulation pure et simple de cette augmentation. Ils ont interdit le passage de tout véhicule « tant que les autorités n’auront pas annulé cette augmentation car elle signe l’acte de décès de notre agriculture », martèle à l’AFP Hassan Idriss, un manifestant.

Toute augmentation ou suppression des subventions étatiques sur les produits de base peut mener au pire au Soudan où les 45 millions d’habitants doivent déjà composer avec une inflation avoisinant les 400 % et où, selon l’ONU, en 2022, 30 % des Soudanais auront besoin d’aide humanitaire. En 2018, la révolte qui renversa l’année suivante le président Omar Al-Bachir avait été déclenchée par une décision du gouvernement de tripler le prix du pain.

« Intimidation » de la presse

Le chef de la diplomatie sous Al-Bachir, Ibrahim Ghandour, et « d’autres codétenus » ont entamé une grève de la faim qu’ils ne cesseront qu’une fois libérés ou présentés devant un « tribunal impartial », selon ses proches. Récemment, le parquet a ordonné la libération de plusieurs responsables du régime Béchir, mais le général Al-Burhan, seul aux commandes du Soudan, a ordonné leur maintien en détention.

« C’est la première interférence dans les affaires judiciaires de l’histoire de notre pays », s’est insurgée la famille de M. Ghandour alors que le général Al-Burhan est accusé par les manifestants de chercher à réimposer les hommes du régime déchu, dont il est lui-même issu.

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Avant les manifestations anti-putsch prévues lundi, le ministère de l’information a retiré l’accréditation d’Al-Jazira Live, une chaîne qatarie, l’accusant de « couverture non professionnelle » visant à « déchirer le tissu soudanais ». En novembre, le chef du bureau d’Al-Jazira à Khartoum, le Soudanais Al-Moussalami Al-Kabbachi, avait été détenu trois jours sans aucune charge.

L’ambassade des Etats-Unis à Khartoum a dénoncé « un pas en arrière », tandis qu’Al-Jazira a dénoncé sur Twitter une « intimidation », appelant « les autorités à autoriser son équipe à reprendre le travail ». En décembre, le bureau d’une chaîne financée par Ryad, Al-Arabiya, a été attaqué par des officiers, ses journalistes tabassés et ses équipements saisis. Et d’autres journalistes ont rapporté avoir été arrêtés ou attaqués en couvrant les manifestations.

Avant le putsch, le Soudan était 159sur 180 pays au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. L’ONU considère qu’il est aujourd’hui « de plus en plus hostile aux journalistes ».

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Le Monde avec AFP

via LeMonde

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