Au Xinjiang, un ramadan tendu pour les Ouïgours

Des Ouïgours se rendent à la mosquée d’Id Kah pour la prière de l’Aïd-el-Fitr, sous l’œil d’un agent de sécurité à Kachgar, le 13 avril.

Fin de la prière de l’Aïd-el-Fitr, un peu avant 10 heures, quatre musiciens postés sur le portail de la mosquée d’Id Kah, principal lieu saint de Kachgar, la grande ville du Xinjiang du sud, battent des tambours. Un zurna, cousin lointain et sonore du hautbois, retentit, et la foule envahit la place tandis qu’une centaine d’hommes, sortant de la mosquée, dansent en de grandes rondes… Un peu plus tard, des enfants et des touristes Han, l’ethnie majoritaire en Chine, se joignent aux danseurs ouïgours. Les caméras des médias d’Etat se régalent face à ces scènes de liesse. Le porte-parole du ministre des affaires étrangères, Zhao Lijian, n’a d’ailleurs pas manqué de publier une de ces vidéos sur Twitter, commentant : « La population locale de groupes ethniques variés a dansé pour célébrer la fête de la fin du jeûne. »

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A voir ces danses, et l’atmosphère de fête qui règne dans le centre de Kachgar, on croirait presque que la vie est revenue à la normale, après des années de répression. Les hommes, rasés de frais, portent chemises blanches et costumes sombres, complétés pour les plus âgés par la doppa, un petit couvre-chef carré, tandis que les robes des femmes scintillent de couleurs et de paillettes. Mais quelques indices trahissent un événement contrôlé de près. A 7 heures du matin, des dizaines d’hommes en civil contrôlaient l’accès à la place d’Id Kah. La veille, on avait vu une petite troupe d’une cinquantaine d’hommes traverser le centre historique, vers la place de la mosquée. Le dernier, un Ouïgour d’une trentaine d’années, nous avait confié : « Je ne sais pas ce qui se passe, mais le chef [lingdao] nous a fait venir. »

Une heure plus tard, ils étaient rejoints par des dizaines d’autres, les musiciens se postaient au sommet du portail et les recrues se mettaient en branle sans conviction : en pleine après-midi, sous un soleil de plomb, et alors que le ramadan n’est pas terminé, ils répétaient la danse qui aurait lieu le lendemain. « C’est vraiment un spectacle : normalement, personne n’a besoin de répéter, tout le monde sait comment danser Sama, la danse de l’Aïd », réagit Abduweli Ayup, linguiste et ancien résident de Kachgar, à qui nous soumettons ces images. « Cela n’a pas l’air naturel du tout, on dirait une répétition à l’école, avant une visite d’officiels », soupire cet intellectuel exilé en Norvège après quinze mois de détention au Xinjiang en 2014.

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via LeMonde

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