Aux Etats-Unis, la pénurie de lait pour bébé tourne à la crise politique


Le 17 février, après la mort de deux bébés, Abbott a annoncé le « rappel volontaire » dans son usine du Michigan de lait en poudre, dont Similac, utilisé par des millions de familles américaines.

Des rayons vides et des parents angoissés : la Maison Blanche a assuré, jeudi 12 mai, prendre très au sérieux la pénurie de lait pour bébé que connaissent les Etats-Unis, et qui tourne à la crise politique pour le président, Joe Biden.

Selon le fournisseur de données Datasembly, le taux de rupture de stock pour ce produit atteignait 43 % à la fin de la semaine dernière. Depuis la mise à l’arrêt, en février, d’une usine du fabricant Abbott, la situation n’a fait qu’empirer.

Le 17 février, après la mort de deux bébés, Abbott a annoncé le « rappel volontaire » dans son usine du Michigan de laits en poudre, dont Similac, utilisé par des millions de familles américaines. L’enquête a dédouané le lait visé mais la production n’a toujours pas repris, aggravant la pénurie déjà provoquée par des problèmes plus généraux de chaîne d’approvisionnement et de manque de main-d’œuvre.

Accusée au pire d’indifférence, au mieux d’attentisme, la Maison Blanche a exposé jeudi quelques mesures, d’une portée limitée. « C’est un travail qui dure depuis des mois », a justifié sa porte-parole, Jen Psaki, interrogée sur le temps de réaction de l’exécutif américain. « Notre message aux parents est le suivant : nous avons entendu, nous voulons faire tout ce que nous pouvons », a-t-elle également déclaré.

L’administration Biden envisage notamment d’augmenter les importations, alors que les Etats-Unis produisent 98 % du lait maternisé qu’ils consomment. Par ailleurs, Mme Psaki a dit travailler avec les Etats pour alléger les contraintes administratives pesant sur les familles les plus modestes qui achètent du lait infantile grâce à des bons alimentaires. Enfin, la Maison Blanche a saisi l’autorité de la concurrence sur les abus liés à cette situation de pénurie, notamment la revente de lait infantile en ligne à des prix exorbitants.

L’opposition républicaine pilonne l’administration Biden

Mme Psaki a ajouté qu’une autre option encore à l’étude était d’invoquer le Defense Production Act, un texte hérité de la guerre froide, qui permet au président américain de prendre des décisions économiques par décret. M. Biden s’est aussi entretenu jeudi avec des représentants du commerce de détail et des producteurs de lait pour bébé, des conversations qualifiées d’« encourageantes » par une responsable de l’administration.

Mais la Maison Blanche ne s’est pas risquée pour autant à prédire une sortie de crise, alors que l’opposition républicaine, en campagne pour les élections de mi-mandat, en novembre, s’est emparée du sujet et pilonne l’administration Biden.

Elise Stefanik, élue républicaine à la Chambre des représentants, a ainsi affirmé lors d’une conférence de presse avoir contacté les autorités fédérales dès février : « Joe Biden n’a aucun plan. (…) Lorsque nous avons posé la question à la Maison Blanche à propos de la pénurie, ils ont ri. » Randy Feenstra, un élu républicain de l’Iowa, a quant à lui assuré que, dans sa région, des familles « faisaient 50, 75, jusqu’à 100 miles [soit de 80 à 160 kilomètres] pour essayer [de] trouver » du lait en poudre.

Jusqu’à la patronne démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui a laissé transparaître sa frustration jeudi : « En ce moment même, des bébés ont faim, des bébés pleurent, nous devons répondre à cette situation maintenant. »

Sara Khan, mère de trois enfants âgés de 10 ans, 7 ans et 6 mois, a raconté à l’Agence France-Presse (AFP) sa détresse face aux rayonnages vides à Washington. « Dès la naissance de mon bébé, j’ai remarqué qu’il y avait un problème », confie Sara Khan, qui a tenu grâce aux boîtes de lait envoyées par la poste par sa famille et ses amis.

La situation est encore plus angoissante pour les parents d’enfants dont la santé exige des laits particuliers. Ainsi Maya, 3 semaines, intolérante au lactose. « Nous n’avons eu guère d’autre choix que de nous tourner vers un lait fabriqué à base de plantes », faute d’alternative, explique son père, Steve Hohman, qui vit à San Diego, en Californie.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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