Aux Etats-unis, suspicion sur les applis de suivi des règles


Des pancartes « pro-choix » installées devant la Cour suprême, à Washington, le 11 mai 2022.

C’est la panique ou peu s’en faut. Depuis qu’a fuité le projet de décision de la Cour suprême remettant en cause le droit constitutionnel à l’avortement, les Américaines s’inquiètent : leur cycle menstruel risque-t-il d’être surveillé par le biais des applications de suivi des règles ? Quid de leurs changements hormonaux, leurs rendez-vous chez le gynécologue ? En marge de la manifestation nationale du samedi 14 mai, à l’appel d’une trentaine d’associations « pro-choix », les réseaux sociaux fourmillent de questions sur le risque de voir les pouvoirs publics s’ingérer dans ce qu’elles avaient pris l’habitude, depuis 1973, de considérer comme du ressort de leur vie privée : leur désir d’avoir ou non des enfants.

Dans ce nouveau contexte d’un monde post « Roe v. Wade », qui pourrait voir quelque 26 Etats criminaliser le recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), et peut-être encourager la délation, comme au Texas, les outils numériques spécialisés dans la santé ou le bien-être sont vus comme des mouchards potentiels. Plus de 100 millions de femmes utilisent les applications de period tracking (suivi du cycle menstruel). Celles-ci permettent de prévoir la date des prochaines règles, la période d’ovulation ou de traquer les signes du syndrome prémenstruel. Des dizaines d’applications sont disponibles. Planned Parenthood, le Planning familial, propose la sienne (Spot on). Tout comme le camp anti-avortement, dont l’application préférée (Femm) encourage les femmes à se méfier de la pilule et à privilégier les méthodes contraceptives « naturelles ».

Sans même utiliser une application, les femmes pourraient être trahies par leur smartphone. Grâce à l’outil de géolocalisation ou au moteur de recherche, toute personne ayant approché une clinique d’avortement, acheté une pilule abortive en ligne ou même cherché à s’informer sur le moyen d’aider des associations « pro-choix », pourrait se voir « repérée ». Considérant que la plupart des applications vendent leurs données à des parties tierces, il suffit qu’une patiente soit assise dans la salle d’attente d’une clinique d’avortement et lance un jeu sur son smartphone, pour être potentiellement signalée, indique Evan Greer, de l’association de défense des droits numériques Fight for the Future. Le 3 mai, le site Motherboard a révélé que le courtier en données Safe Graph vendait déjà des compilations de données sur les personnes ayant passé la porte d’une agence de Planned Parenthood. Les informations sont utilisées pour envoyer des messages aux candidates à l’IVG et les inciter à renoncer.

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via LeMonde

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