Aux Pays-Bas, un plan drastique de réduction de l’azote provoque la colère des agriculteurs


Des agriculteurs participent à un blocus sur l’autoroute A1 près de Rijssen, aux Pays-Bas, le 29 juin 2022.

« La Hollande, aujourd’hui, c’est un volcan prêt à entrer en éruption. » Walter Joosten ne cache pas son ressentiment. Cet éleveur de vaches est l’un des piliers de la « force de défense des agriculteurs » dans la province de Limbourg, dans le sud-est des Pays-Bas. Une organisation qui bat la campagne depuis plusieurs semaines. « Nous sommes prêts à un combat de longue haleine avec le gouvernement », ajoute-t-il.

Le monde agricole néerlandais est en ébullition. Des opérations escargot sur les grands axes se multiplient. Des blocages de supermarché sont organisés. Les manifestations s’enveniment. Dans la province de la Frise, deux coups de feu ont été tirés par les forces de l’ordre sur un tracteur qui, d’après les témoignages policiers, se dirigeait vers leur brigade. Les municipalités d’Apeldoorn et d’Harderwijk ont même déclaré l’état d’urgence, au début du mois de juillet.

L’agitation est à son comble depuis que le gouvernement néerlandais, dirigé par le libéral Mark Rutte, a dévoilé, le 10 juin dernier, son « plan azote ». L’objectif est ambitieux : réduire de 50 % les émissions d’azote d’ici à 2030. Le gouvernement a dégagé un budget de 24,3 milliards d’euros dans ce but. Tous les secteurs polluants devront participer à l’effort. Les industries et les transports, responsables d’émissions d’oxydes d’azote qui polluent les airs, puis se déposent sur le sol, devront contribuer.

Sols gorgés de polluants azotés

Quant au secteur agricole, dont les engrais azotés et les effluents d’élevage sont à l’origine de 46 % des émissions – de protoxyde d’azote, d’ammoniac ou de nitrates –, il est particulièrement dans le viseur, tant les sols néerlandais sont gorgés de ces polluants qui détruisent la biodiversité et constituent une menace pour la santé humaine. Il était même le seul à avoir droit à la publication, le 10 juin, d’une carte chiffrée très précise des objectifs de réduction d’émissions d’azote selon les zones géographiques les plus polluées, alors qu’un tel niveau de détail n’existe pas pour l’industrie ou les transports. Selon Jan Willem Erisman, professeur à l’Institut des sciences environnementales de l’université de Leiden, qui accueille avec bienveillance l’essentiel du plan gouvernemental, cette façon de présenter les choses « a créé beaucoup de frustration chez les agriculteurs qui ont l’impression qu’ils doivent produire tout l’effort, alors que le problème est plus large ».

L’effort à fournir sera variable sur le territoire en fonction des niveaux de pollution et des zones concernées. Les réductions d’émissions seront ainsi comprises entre 12 % et 70 %, avec des pointes exceptionnelles à 95 %, lorsque l’activité économique émettrice d’azote se situe dans une zone protégée Natura 2000. Ce sont les pouvoirs locaux – les provinces – qui devront développer, en concertation, des plans d’action concrets à remettre au gouvernement, avant juillet 2023, pour validation avant déblocage des aides.

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via LeMonde

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