Aux Philippines, la victoire de Bongbong Marcos relance la polémique sur la fortune indue de son clan

LETTRE D’ASIE DU SUD-EST

Une fonctionnaire montre un diamant rose ayant appartenu à Imelda Marcos, saisi par le gouvernement philippin, au siège de la Banque centrale à Manille, le 27 novembre 2015.

Alors que le nouveau président philippin, Bongbong Marcos, sera officiellement investi le 30 juin, à la suite d’une victoire écrasante sur ses concurrents, les spéculations vont bon train sur ce qu’il adviendra de la commission présidentielle pour la récupération des biens mal acquis des Marcos. Créée en 1986 par la présidente Corazon Aquino après la chute de Ferdinand Marcos père, cette agence, qui dépend directement du chef de l’Etat, a mené les enquêtes qui ont déjà permis de recouvrer entre 3,5 et 5 milliards de dollars pillés par le clan sous la dictature.

Son ardeur à la tâche a souvent dépendu de qui résidait à Malacanang, le palais présidentiel. Après une certaine inertie durant les années Gloria Arroyo (2001-2010), l’agence retrouva du mordant sous Benigno Aquino III (2010-2016) – le fils de Corazon Aquino et du dissident assassiné Ninoy Aquino. Au point que son commissaire d’alors, Andres Bautista, décida de s’exiler après l’arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte, un partisan des Marcos, pour échapper à des poursuites en justice. Le 13 mai, M. Bautista a été publiquement pris à partie par le porte-parole du nouveau président. En cause, ses commentaires après qu’un Picasso identique à une réplique préalablement saisie par la commission a été aperçu dans l’appartement d’Imelda Marcos quand son fils est venu lui rendre visite le lendemain de sa victoire.

A 92 ans, la veuve Marcos est en liberté conditionnelle depuis sa condamnation, en 2018, pour le détournement de millions de dollars vers des fondations en Suisse du temps où elle officiait comme ministre de l’habitat et gouverneure de Manille, entre 1976 et 1986. « L’objectif de la création de ces entités n’est certainement pas de nature caritative, éducative, religieuse ou autrement au service de l’intérêt public », avait asséné la cour, mais « pour le bénéfice privé de la famille Marcos ». La condamnation de Mme Marcos sera-t-elle confirmée en appel, s’interroge-t-on, désormais que son fils est chef de l’Etat, et si, oui, lui accordera-t-il un pardon présidentiel ?

Imelda Marcos et ses 3 000 paires de souliers

Le culte de l’argent est indissociable du règne des Marcos. « Marcos me disait toujours : “Moi, je n’ai pas mon pareil pour gagner de l’argent. Et toi, pour le dépenser, en choisissant les plus belles choses” », raconte avec candeur l’épouse du dictateur dans Imelda Marcos, dans l’ombre du pouvoir, un documentaire de Lauren Greenfield sorti en 2019. Dans les années de la loi martiale, Imelda organisa à Malacanang des fêtes somptueuses, où elle conviait des célébrités – comme l’actrice italienne Gina Lollobrigida, pour la Saint-Sylvestre de 1976, sur un casino flottant dans la baie de Manille.

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via LeMonde

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