Aux Philippines, le camp Marcos porté par les « fake news »


Le candidat à la présidentielle des Philippines Bongbong Marcos à Lipa, dans la province de Batangas, le 20 avril 2022.

Jena Deguzman, 64 ans, patronne d’un restaurant à Cavite, dans la périphérie sud de Manille n’en démord pas : Bongbong Marcos, dit « BBM » le fils de l’ex-dictateur et candidat favori au scrutin présidentiel de lundi 9 mai, est « bon pour le pays ». Il fera barrage aux « gauchistes », « à la NPA » (Nouvelle Armée populaire) – c’est-à-dire la guérilla communiste armée active depuis des décennies dans les campagnes mais fuyant les combats. La « gauche », c’est « des attentats, le chaos », croit cette dame aux cheveux grisonnants. Et puis, la « gauche », ce sont les « oligarques ».

Mme Deguzman n’en est pas à une contradiction près. Certes, la politique, aux Philippines, est une affaire de dynasties, qui nouent et dénouent des alliances pour rester au pouvoir. Mais les associer à la guérilla communiste qui combat justement l’accumulation des richesses par une petite élite est pour le moins acrobatique. Mme Deguzman s’informe sur YouTube. Ou Facebook. Les morts de la loi martiale sous la dictature de Ferdinand Marcos (1972-1986), les milliards de dollars spoliés que des actions judiciaires aux Philippines et aux Etats-Unis ont liés à la famille Marcos ? « Tout cela, c’est inventé. Il n’y a pas de preuves, les Marcos n’ont jamais été jetés en prison », persiste-t-elle.

La désinformation aux Philippines a la vie dure. Favori dans les sondages, Bongbong Marcos, le fils du dictateur mort en exil à Hawaï en 1989 après avoir été chassé du pays trois ans plus tôt par la révolution du « pouvoir du peuple », peut difficilement prétendre n’avoir rien à voir avec le règne de son père : il fut nommé de 1980 à 1986 vice-gouverneur puis gouverneur de la province d’Ilocos Norte, le fief des Marcos dans le Nord. Il siégea aussi, pour un salaire mirobolant, à la tête de l’opérateur de satellite du pays, Telcomsat. Imee, la fille aînée des Marcos, sénatrice depuis 2019, fut notoirement chargée sous la dictature d’effectuer un audit des participations des Marcos dans des grandes entreprises dissimulées sous des prête-noms.

En 1986, à Hawaï, où la famille Marcos accueillie par les Américains était sous surveillance, Bongbong Marcos avait été discrètement envoyé à l’aéroport afin d’utiliser une cabine téléphonique publique pour prévenir leur banquier suisse qu’un intermédiaire avait été désigné pour effectuer des opérations en leur nom. Mais le banquier avait dénoncé la machination – ce qui conduira au blocage des comptes suisses et à la restitution aux Philippines de plusieurs centaines de millions de dollars d’argent spolié.

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via LeMonde

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