Aux Philippines, le retour de la famille Marcos, trente-six ans après la chute de la dictature


Ferdinand Marcos Junior, lors de son dernier meeting de campagne, à Paranaque (Philippines), le 7 mai 2022.

Trente-six ans après leur fuite déshonorante du palais présidentiel assailli par la foule en 1986, la famille Marcos réussit à placer l’un des siens à la tête du pouvoir suprême : favori dans les sondages, Ferdinand Marcos Junior, dit « Bongbong », 64 ans et fils de l’ancien dictateur, a remporté l’élection présidentielle avec 58,8 % des suffrages exprimés, selon des résultats portant sur la quasi-totalité des bureaux de vote. Ce qui en fait le président le mieux élu depuis son père, en 1969, lors des dernières élections libres avant la loi martiale proclamée en 1972. La Bourse a chuté à son plus bas niveau depuis neuf mois.

« BBM », comme il est désigné par les Philippins, avait troqué pour la campagne son air d’éternel étudiant et la longue mèche qui lui barrait le front pour une coupe plus serrée, à la teinture noire impeccable, qui n’est pas sans rappeler l’image propre et nette de son père. Moins énergique, moins brillant que celui-ci, mort en 1989, sans cesse décrit comme un premier de la classe mais honni pour les quatorze ans de dictature imposés au pays au nom de la lutte contre le communisme, a longtemps eu l’image d’un enfant gâté et d’un jouisseur. Etudiant à Oxford en 1978, il n’y a reçu qu’un « certificat spécial » – et non un diplôme, comme a confirmé l’université, en octobre 2021.

Le président sortant, le populiste Rodrigo Duterte, s’est révélé un allié de plus en plus ambigu des Marcos, ces derniers mois, malgré le choix par « BBM » de sa fille, Sara Duterte, comme vice-présidente. Celle-ci a été largement élue au suffrage universel à ce poste. Une élection qu’elle a remportée haut la main. Rodrigo Duterte a refusé de soutenir un candidat – une première dans ce pays de 110 millions d’habitants pour un président sortant. En novembre 2021, il avait ironisé au sujet d’« un candidat à la présidentielle dont le nom et le père sont célèbres » : un « leader mou », avait-il persiflé, qui « sniffe de la cocaïne ». Cette sortie avait poussé le candidat Marcos à faire un test prouvant qu’il était « propre ». La relation de Duterte avec les Marcos est ambivalente : son père fut secrétaire d’Etat sous Marcos père avant la dictature, mais sa mère prit la tête de manifestations anti-Marcos durant la loi martiale dans leur ville de Davao.

Environnement de privilèges

Le retour d’un Marcos à Malacanang, le palais présidentiel, est le point culminant d’un effort de longue haleine, qui débuta avec le retour d’exil de « Bongbong », de sa mère, Imelda, et de ses deux sœurs en 1991 dans leur fief du nord, Ilocos Norte. Imelda, dont les ambitions présidentielles devinrent évidentes à l’époque de l’affaiblissement physique de Marcos, atteint d’une maladie auto-immune, dans les années 1980, a tenté deux fois, en vain, de briguer la présidence. « Bongbong », sa sœur aînée, Imée, et Imelda ont progressivement conquis des positions d’élus locaux. Puis « Bongbong » devint sénateur, en 2010. En 2016, la vice-présidence lui échappe de peu : elle est remportée par Leni Robredo, sa rivale malheureuse lors de la présidentielle qui vient de s’achever (28 % des suffrages exprimés). Marcos junior déposera une plainte pour fraude, qui ne sera rejetée qu’en 2021.

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via LeMonde

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