Aux racines du mouvement QAnon, les écrivains italiens de Wu Ming, inspirateurs complotistes malgré eux

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Publié aujourd’hui à 01h01, mis à jour à 09h19

Depuis des mois, une simple lettre a pris d’assaut l’alphabet. C’est une majuscule toute bête : le Q ; mais certains supporteurs acharnés de Donald Trump l’ont tellement brandie devant les caméras qu’elle a fini par occuper une place à part. Découpée dans du carton, imprimée sur des tee-shirts, des pancartes ou des bannières, elle s’est transformée en symbole des QAnon, ces conspirationnistes voyant en M. Trump l’homme qui doit délivrer leur pays d’une secte sataniste et pédophile implantée au sommet de l’Etat.

Mais que cache donc ce Q suivi d’une abréviation renvoyant au mot « anonymous » ? Et si cette lettre, souvent enluminée aux couleurs du drapeau américain, renvoyait à une source européenne plutôt qu’aux Etats-Unis ?

C’est la thèse défendue par les Wu Ming, des écrivains italiens d’extrême gauche réunis sous un pseudonyme collectif. Pour eux, pas de doute : QAnon s’inspire directement de leur premier roman, Q, paru en 1999 en Italie aux éditions Einaudi.

Lire aussi Qu’est-ce que « QAnon », le phénomène complotiste visible dans les meetings de Trump ?

Le grand spécialiste de cette histoire s’appelle Roberto Bui, alias Wu Ming 1. Il est l’auteur d’une enquête approfondie sur QAnon, laquelle doit paraître en Italie le 18 mars chez Alegre sous le titre La Q di Qomplotto. Come le fantasie di complotto difendono il sistema (« Q comme Qomplot : comment le conspirationnisme défend le système »).

Mais en bon collectif les Wu Ming ne s’expriment pas individuellement sur les sujets qui les concernent tous. Ils se sont donc réunis dans la maison de l’un d’entre eux pour répondre à nos questions. C’est là, dans une rue calme de Bologne, qu’ils se retrouvent jusqu’à trois fois par semaine pour travailler leurs ouvrages. Les fenêtres donnent sur un petit jardin, il fait un froid glacial dans la pièce et l’ambiance est studieuse.

C’est qu’on ne rigole pas avec la discipline, chez les Wu Ming. En mandarin, ces deux caractères peuvent signifier à la fois « anonyme » et « cinq », soit le nombre qu’ils étaient lorsqu’ils ont adopté ce pseudonyme, en 2000. Depuis, l’un d’eux a renoncé à l’écriture, et un autre a été banni pour non-observance de la règle commune. Si chacun peut écrire sous son propre nom, « ce que nous faisons en tant que Wu Ming doit entrer dans le discours et la poétique collective », annonce Federico Guglielmi, le numéro 4 et benjamin de la bande.

Le personnage mystère du forum

Ils n’étaient encore que quatre lorsqu’ils ont rédigé Q, traduit en français sous le titre L’Œil de Carafa (Seuil, 2001). Dans ce gros roman publié en copyleft (autrement dit libre de droits de reproduction), les écrivains bolognais mettent en scène des personnages évoluant durant la deuxième moitié du XVIe siècle, au moment où des révoltes anabaptistes ébranlent une partie de l’Europe du Nord.

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via LeMonde

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