Avec « Frontières : des milliards, des ratés et des barbelés », France 2 plonge dans les coulisses de la forteresse Europe


Une voiture de patrouille de Frontex, l’agence européenne de gardes-frontières et de gardes-côtes, en juillet 2021, près de Kapciamiestis, en Lituanie, à la frontière avec la Biélorussie.

L’Europe ne doit pas devenir une forteresse, elle respecte l’intégralité des droits des migrants et elle ne financera jamais la construction de murs de barbelés à ses frontières. Voilà l’essentiel des propos officiels tenus par les institutions européennes depuis la crise syrienne, qui précipita des millions de migrants sur les routes en 2015-2016.

Pas d’atteinte aux droits ? ONG, médias, élus documentent les refoulements illégaux – et parfois violents – auxquels se livrent, en divers endroits, des gardes-frontières, sous l’œil passif, et parfois actif, des agents de Frontex, l’agence européenne de gardes-frontières. Basée à Varsovie, appelée à devenir un mastodonte de 10 000 fonctionnaires, Frontex sera dotée, à l’horizon 2027, d’un budget de 900 millions d’euros (il était de 98 millions en 2014).

Rapidement, dans un contexte politique tendu marqué par la montée des discours populistes, l’institution dirigée par le Français Fabrice Leggeri – qui a démissionné le 29 avril à la suite d’une enquête de l’Office de lutte antifraude (OLAF) de l’UE – a tenté d’assumer sa situation, jugée parfois schizophrénique.

Schizophrénie

« Complément d’enquête » chronique cette schizophrénie. Entre les pays les plus intransigeants de l’Union et ceux qui réclament le respect des valeurs mises en avant par l’Europe, les dirigeants de l’UE ont improvisé. Ils ont négocié des accords avec la Turquie et le Maroc pour empêcher les flux vers le territoire européen, fermé les yeux sur la situation dramatique en Libye et laissé Frontex enfler sans surveiller son fonctionnement et ses missions.

Les enquêteurs de l’OLAF, outre des cas de « harcèlement et mauvaise conduite », ont confirmé la participation des agents de Frontex à des refoulements illégaux en Grèce et en Hongrie. La Cour des comptes européenne a, de son côté, déploré la mauvaise organisation de l’agence sur le terrain, tandis que des ONG mettaient en évidence ses liens de plus en plus étroits avec le secteur de la surveillance et de l’armement. Lequel est, aujourd’hui, l’un des principaux bénéficiaires du nouveau marché du contrôle des frontières, qui connaît une progression annuelle proche de 8 %.

Fabrice Leggeri a entretenu un certain flou sur les vraies raisons de sa démission : est-elle une mise en cause de certaines pratiques de l’agence ou illustre-t-elle le fait que la mission actuelle dévolue à Frontex est presque impossible ? Telle est la question lancinante que pose le titre du documentaire de Lilya Melkonian, Antoine Husser et Baptiste Rimbert, Frontières : des milliards, des ratés et des barbelés.

Quelque 23 milliards d’euros au total ont été dépensés jusqu’ici pour assurer une fermeture – toujours incertaine au demeurant – du Vieux Continent. Au rayon des grands bénéficiaires de cette manne, il y a par exemple cet industriel espagnol du barbelé, qui, filmé en caméra cachée, expose sans complexe à ses prétendus acheteurs ses dernières trouvailles : des fils colorés ou électrifiés censés mieux effrayer les candidats au franchissement. Ou ces lames en forme de harpon qui ne peuvent être enlevées des chairs sans l’intervention des secours.

A l’heure où l’Europe ouvre sans réserve ses frontières aux Ukrainiens qui fuient la guerre, Tristan Waleckx conclura la soirée avec Abdullah Kurdi, le père d’Aylan, ce petit garçon syrien mort noyé en Méditerranée en 2015, dont la photo avait bouleversé le monde entier. Dans un entretien enregistré dans la ville d’Erbil, au Kurdistan irakien, il dénonce l’accueil à deux vitesses de l’Union européenne, moins généreuse à l’égard des réfugiés non européens.

Pas une forteresse, l’Europe ? Vraiment ?

via LeMonde

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