Avec l’armée russe, dans les territoires conquis de l’Ukraine

Soudain, dans un vrombissement de moteur, le navire s’élance, emportant une trentaine de journalistes pour quelques ronds dans l’eau du port de Marioupol. Les flots vert bouteille de la mer d’Azov clapotent doucement, le soleil de juin réchauffe le pont. On oublierait presque que le navire est militaire, le port jonché de débris et que la ville qui s’étend au-delà est un champ de ruines calcinées.

Le malaise se dissipe un peu à la vue des quelques dizaines de Marioupolitains venus ce jour-là goûter aux douceurs de la première plage de la ville intégralement déminée. Vision surréaliste des corps étendus sur le sable, au pied des immeubles effondrés, dont certains cachent encore d’autres corps, sans vie ceux-là.

Des habitants se détendent sur une plage de Berdiansk, ville du sud-est de l’Ukraine contrôlée par les Russes, le 14 juin 2022. Cette photo a été prise lors d’un voyage organisé par le ministère russe de la défense.

Le message envoyé par l’armée russe, à l’origine de ce voyage de presse dans les territoires conquis de l’Est et du Sud ukrainiens, est du même ordre : retour à la normale. Le port et ses eaux ont été déminés fin mai, les quais en grande partie nettoyés. Le voilà prêt à fonctionner, malgré des infrastructures détruites à 70 % par les combats.

Trois navires de commerce ont déjà fait la liaison avec la Russie, indique le directeur, Pavel Chvatski, avec à leur bord du métal produit par les fameuses aciéries du Donbass. L’objectif, modeste, est fixé à 1 million de tonnes d’ici à la fin de l’année. Surtout, ce sont des céréales que le port de Marioupol doit exporter – celles produites dans le Donbass et plus encore dans les régions agricoles nouvellement conquises de Zaporijia et de Kherson.

Là aussi, sur ce sujet qui préoccupe la planète entière, angoissée à la perspective d’une crise alimentaire majeure, le message est clair, martelé par le dirigeant de la « république populaire de Donetsk » (RPD), à laquelle est censée être rattachée Marioupol : « Nous avons les capacités techniques, clame Denis Pouchiline, venu spécialement à la rencontre des journalistes. Les sanctions occidentales sont un obstacle, mais les clients ne manquent pas, et nous pouvons exporter vers des pays tiers qui, à leur tour, revendront le grain. »

Marioupol sort d’un long cauchemar. Deux mois de siège, une ville de 500 000 habitants écrasée sous les bombes, des civils morts par milliers ou dizaines de milliers. La cité émerge lentement. Les rues sont peu à peu déblayées, les magasins de nouveau approvisionnés. Les cadavres enterrés dans les cours durant le siège, trop près de la surface, sont déterrés et inhumés dans de gigantesques cimetières improvisés. L’eau et l’électricité reviennent dans certains quartiers. Le gaz, non, et l’hiver pourrait être rude.

Il vous reste 86.6% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess