Benyamin Nétanyahou, roi du chaos démocratique en Israël

Editorial du « Monde ». Pour le dernier chaos qu’il a orchestré à la Knesset, dimanche 13 juin, Benyamin Nétanyahou a fait preuve de plus de finesse que son « ami » Donald Trump avant lui à Washington. Il entend demeurer le chef de l’opposition au Parlement israélien. Il ne peut piétiner l’Etat de droit. Mais sa logique est la même : il jette le discrédit sur la transition démocratique et, déjà, sur l’action de ses successeurs.

M. Nétanyahou se résout à quitter le pouvoir qu’il a exercé sans interruption depuis 2009, et durant quinze ans si l’on compte son premier mandat (1996-1999). C’est plus qu’aucun dirigeant d’une démocratie occidentale, à l’exception de la chancelière allemande, Angela Merkel. Il a durablement marqué Israël. Il peut se féliciter à bon droit du rayonnement économique et géopolitique d’un petit pays de neuf millions d’habitants, d’un sentiment de sécurité insufflé dans la société israélienne.

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Avant tout autre, il a aussi écrit les premières lignes du manuel de ce que l’on nomme aujourd’hui les « démocraties illibérales » : concentration des pouvoirs aux mains d’un dirigeant, règne d’une majorité électorale au mépris des autres composantes de la société, affaiblissement de l’institution judiciaire, attaques contre les médias et les organisations de défense des droits humains.

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Ces deux dernières années, cette dérive s’est accélérée avec l’ouverture du procès pour corruption de M. Nétanyahou. Le premier ministre a échoué à retrouver sa majorité perdue au fil de quatre élections législatives, d’avril 2019 à mars 2021. Il s’est contenté de sauter d’un scrutin à l’autre, sans parvenir à faire voter un budget, laissant se creuser un dangereux vide du pouvoir, prolongeant la pire crise politique de l’histoire d’Israël.

Pays divisé

Celle-ci ne se clôt pas avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement. M. Nétanyahou promet de diriger l’opposition avec vigueur. Il fera tout pour paralyser ses rivaux – à condition que son procès, qu’il affronte désormais en simple justiciable, lui en laisse la possibilité, et que son parti, le Likoud, lui demeure fidèle.

Ce nouveau gouvernement est emmené par Naftali Bennett, ancien rival et admirateur de M. Nétanyahou au sein de la droite radicale religieuse. Ce n’est pas un choc pour « l’Etat juif et démocratique », fondé en 1948 par le socialiste laïque David Ben Gourion, où M. Bennett se trouve normalisé de longue date. L’alliance de huit partis dont il prend la tête s’étend au centre, à gauche, et pour la première fois à une formation arabe islamo-conservatrice. Elle est fragile. Rien ne dit qu’elle survive plus de quelques mois. Encore moins jusqu’en 2023, date à laquelle son architecte, le centriste Yaïr Lapid, doit en prendre la direction.

Les Palestiniens ne s’entendent promettre que quelques gains économiques, en échange de la poursuite de la colonisation et du maintien du contrôle militaire israélien en vigueur depuis la conquête de 1967, que la jeunesse palestinienne a dénoncés dans un sursaut nationaliste inédit, en mai. Le Hamas s’y est engouffré en déclenchant une nouvelle guerre, la quatrième à Gaza depuis 2008.

En Israël même, nul n’attend que ce gouvernement bouleverse les rapports entre l’Etat et la sphère religieuse. Il lui sera difficile de remettre en cause la zone d’autonomie, voire de non-droit, accordée aux dirigeants ultraorthodoxes. En dépit de ses contradictions, malgré l’exclusion du plus grand parti d’Israël, le Likoud, cette coalition est cependant représentative d’un pays divisé, qui cherche une forme d’apaisement intérieur.

Le Monde

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