Birmanie : quatre mois après le putsch et l’arrestation d’Aung San Suu Kyi, les manifestations se poursuivent

Elle n’a pas été vue en public depuis son arrestation lors du putsch du 1er février. L’ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a entamé son quatrième mois en détention à résidence, isolée de l’agitation et des violences qui continuent à secouer le pays, malgré une répression sanglante de la junte désormais au pouvoir.

Samedi 1er mai, de petits groupes de protestataires ont de nouveau défilé dans les rues, se dispersant rapidement par peur des représailles. Près de 760 civils sont tombés sous les balles des forces de sécurité ces trois derniers mois et quelque 3 500 personnes sont en détention, d’après une ONG locale.

Bombes artisanales

A Rangoun, la capitale économique, des manifestants ont déployé une banderole libellée : « Seule la vérité triomphera », tandis que d’autres ont brandi le portrait de « Mother Suu » Kyi pour exiger sa libération.

Plusieurs bombes artisanales ont explosé dans différents quartiers de Rangoun, d’après des témoignages recueillis par l’Agence France-Presse (AFP). Il n’était pas possible dans l’immédiat de savoir si ces attaques, non revendiquées, avaient fait des victimes. « Ils (les militaires) font vivre la population dans la peur, c’est bien de les mettre eux aussi sous pression », a déclaré à l’AFP sous le couvert de l’anonymat un habitant du quartier résidentiel de Yankin, touché par une de ces explosions.

La contestation se poursuit également à travers le pays, avec des rassemblements samedi à Monywa (dans le centre) ou à Dawei (dans le Sud), où les participants arborant les drapeaux rouges du parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), brandissaient des pancartes affirmant : « Nous voulons la démocratie ».

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Plus de 2 000 réfugiés en Thaïlande

Dans plusieurs régions frontalières du Nord et de l’Est, la contestation a fait sortir de l’ombre plusieurs rébellions portées par des minorités ethniques, en confrontation avec l’armée, dont certaines abritent dans les territoires qu’elles contrôlent des opposants ayant fui la répression de la junte.

Dans l’est du pays, où les affrontements entre l’armée et l’Union nationale karen (KNU), ont fait plus de 30 000 déplacés, selon l’ONU, des frappes aériennes de la junte ont visé dans la nuit de vendredi à samedi un secteur proche de la frontière thaïlandaise, provoquant une nouvelle vague de réfugiés.

« Des soldats birmans ont procédé à une frappe aérienne, tirant notamment deux roquettes », selon un communiqué des autorités de la province thaïlandaise de Mae Hong Son. Plus de 2 300 Birmans ont franchi la rivière qui marque la frontière pour se réfugier en Thaïlande, selon la même source.

Par ailleurs, des tirs d’artillerie ont été entendus samedi près de Bhamo, dans l’Etat Kachin (Nord), a affirmé auprès de l’AFP un travailleur humanitaire. L’armée a mené ces derniers jours dans cette région des raids aériens ciblant l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA).

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Aung San Suu Kyi tenue éloignée des nouvelles

Les généraux font fi des multiples condamnations internationales, profitant des divisions au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce dernier a adopté vendredi une déclaration unanime exhortant à l’application du plan de l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est), en faveur notamment d’une « cessation immédiate de la violence ». Mais la Chine et la Russie, alliées traditionnelles des militaires, refusent d’aller plus loin.

Le Conseil a de nouveau demandé la libération de tous les détenus, alors que la junte ne cesse d’intensifier son offensive judiciaire contre Aung San Suu Kyi, inculpée notamment de sédition et violation d’une loi sur les secrets d’Etat. Elle pourrait être exclue de la politique, voire condamnée à des années de prison.

Derrière les murs de sa résidence dans la capitale, Naypyidaw, où elle est assignée, Aung San Suu Kyi est tenue à l’écart des agitations et des violences, selon ses avocats, qui disent ne pas être autorisés à la rencontrer, ne pouvant s’entretenir avec elle qu’en visioconférence lors de brèves audiences judiciaires très surveillées. Elle n’a probablement « pas accès aux informations et à la télévision ; je ne pense pas qu’elle soit au courant de la situation actuelle », dit l’une de ses avocates, Min Min Soe. Aung San Suu Kyi a déjà passé plus de quinze ans en résidence surveillée après le soulèvement populaire de 1988, avant d’être libérée définitivement en 2010.

Son aura d’icône de la démocratie s’est dissipée à l’international quand des centaines de milliers de musulmans rohingya ont fui en 2017 au Bangladesh les exactions de l’armée birmane, un drame qu’elle n’a pas condamné. Certains lui reprochent aussi d’avoir fait trop de compromis avec les généraux, auxquels elle a permis de conserver une grande emprise sur le pays et le contrôle de ses principales ressources (mines de jade, de rubis, gaz, pétrole…). Ces concessions ne leur ont pas suffi : le 1er février, ils ont évincé la dirigeante, alléguant des fraudes aux législatives de 2020, remportées massivement par son parti.

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Le Monde avec AFP

via LeMonde

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