Boris Johnson face aux conséquences du Brexit

Ni la popularité du premier ministre Boris Johnson ni celle du Brexit n’étaient au centre des élections locales britanniques qui ont eu lieu jeudi 5 mai. Mais, six ans après le référendum qui a décidé du divorce avec l’Union européenne (UE), leurs résultats reflètent à la fois un certain désamour des Britanniques à l’égard de leur bouillant dirigeant et le mécontentement lié aux conséquences économiques néfastes de la sortie de l’UE. Le Parti conservateur de M. Johnson a perdu des centaines de sièges dans les assemblées locales, un certain nombre de ses électeurs ayant préféré les travaillistes ou les libéraux-démocrates.

A Londres, dont M. Johnson fut un maire populaire, plusieurs « boroughs » lui ont tourné le dos tandis que, dans le sud de l’Angleterre, les lib-dem, pro-européens, ont séduit d’anciens électeurs conservateurs. Les déboires des tories sont moins nets dans les régions ouvrières du nord de l’Angleterre converties au Brexit par M. Johnson, qui ne retournent que très partiellement au Labour.

Les sondages, comme le porte-à-porte électoral, confirment que les mécontentements liés à la vertigineuse hausse des prix – dont le Brexit est jugé partiellement responsable – et au fonctionnement du système de santé – qui souffre, en dépit des promesses des brexiters – ont nourri la défection des électeurs tories. S’y ajoute la colère alimentée par le scandale des fêtes arrosées de Downing Street pendant le confinement.

Séisme

Mais ce revers électoral serait peu de chose sans le séisme que risque de déclencher la victoire annoncée des nationalistes du Sinn Fein aux élections de l’Assemblée locale d’Irlande du Nord. Si les résultats partiels sont confirmés, le qualificatif d’« historique » ne sera pas excessif. En 1921, en effet, les Britanniques avaient partagé l’île d’Irlande et tracé les frontières de l’Irlande du Nord de façon à y assurer une majorité protestante et unioniste, c’est-à-dire partisane du maintien au sein du Royaume-Uni. Depuis lors, l’exécutif mis en place à Belfast a toujours été contrôlé par un parti unioniste.

L’accession à la tête de cet exécutif local d’un parti dont la raison d’être est au contraire l’indépendance de la totalité de l’île vis-à-vis de Londres, et donc la dissolution de l’Irlande du Nord, apparaîtrait d’autant plus inouïe qu’elle est indirectement liée au Brexit, que défend le gouvernement britannique. Le divorce d’avec l’Union européenne, qui avait été rejeté au référendum de 2016 par 56 % des électeurs nord-irlandais, a enclenché un mouvement d’éloignement de la Grande-Bretagne, marqué par l’essor des échanges entre les deux parties de l’île, au détriment de ceux avec la Grande-Bretagne.

Pour Boris Johnson, le défi est double : à court terme, l’exécutif nord-irlandais, déjà dysfonctionnel, risque d’être paralysé par le possible refus des unionistes de jouer les seconds rôles derrière le Sinn Fein. Une telle impasse du jeu démocratique pourrait favoriser les tensions. Le premier ministre britannique va aussi devoir gérer les conséquences de la victoire d’un parti qui prévoit un référendum sur la réunification de l’Irlande – autrement dit, l’amputation du Royaume-Uni – dans les cinq à dix ans à venir.

Pareille perspective, potentiellement lourde de violences, est loin d’être évidente. Pour l’heure, un succès du Sinn Fein illustrerait une nouvelle fois l’irresponsabilité des promoteurs du Brexit. Boris Johnson, leader du Parti conservateur, voué au maintien d’une Irlande du Nord britannique, pourrait être l’homme qui en aura favorisé la perte pour le royaume.

Le Monde

via LeMonde

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