Brexit : six ans d’effritement de l’économie britannique

Analyse. Dans un silence assourdissant, le Royaume-Uni passe, jeudi 23 juin, le cap des six ans de son vote en faveur du Brexit. Ni le gouvernement britannique ni aucun groupe politique important n’osent fêter l’anniversaire. Comme un aveu, le premier ministre britannique, Boris Johnson, a jugé nécessaire en février de nommer un « ministre des opportunités du Brexit », preuve que ces dernières sont loin d’être une évidence.

Six ans après le référendum du 23 juin 2016, si on laisse de côté les profondes conséquences politiques – Angleterre divisée, Ecosse et Irlande du Nord qui s’éloignent, pays plus isolé –, quel bilan économique ? Depuis le 1er janvier 2021, la sortie du marché unique européen est devenue effective. Désormais, importations et exportations avec l’Union européenne nécessitent de remplir des déclarations, de s’enregistrer pour la TVA, d’obtenir les certificats sanitaires et phytosanitaires adéquats.

Les premières leçons peuvent commencer à être tirées et les prévisions des économistes semblent se vérifier. L’économie britannique ne s’est pas effondrée : il n’y a pas eu de soudaine récession et les rayons des supermarchés ne sont pas vides. Mais progressivement, les frictions aux douanes ralentissent les échanges avec l’Union européenne et les investissements se font plus rares. Il ne s’agit pas d’un effondrement, mais d’un effritement.

La pandémie s’étant produite en même temps, il est difficile de chiffrer précisément le coût du Brexit. Pour apporter une estimation, John Springford, du groupe de réflexion Centre for European Reform, a comparé les statistiques britanniques à celles d’un groupe de vingt-deux pays développés. Il en conclut que depuis le troisième trimestre 2016 (juste après le référendum), la croissance britannique a été inférieure de 5,2 % à celle du groupe témoin, les investissements inférieurs de 13,7 %, le commerce de marchandises de 13,6 % et celui des services de 7,9 %. Cela ne signifie pas que l’économie britannique a stagné depuis 2016, mais simplement qu’elle a moins prospéré que celle des pays témoins.

L’Office for Budget Responsibility, l’organisme d’Etat officiellement chargé des prévisions économiques, arrive à une conclusion similaire, estimant que le pays va perdre 4 points de produit intérieur brut (PIB) sur dix ans, dont près de la moitié a déjà été enregistrée. Cela revient à un peu moins d’un demi-point de PIB perdu par an, ce qui est à la fois significatif et peu spectaculaire.

Paperasserie nécessaire et chère

Pour comprendre le phénomène, il faut aller à Peterhead, dans le premier port de pêche du Royaume-Uni, en Ecosse. L’entreprise Seafood Ecosse y exporte presque toutes ses cargaisons de poissons et crustacés vers l’UE. Après de premiers mois chaotiques, la situation s’est redressée et les volumes sont à présent revenus au niveau d’avant le Brexit. Mais deux choses ont fondamentalement changé. D’abord, toute la paperasserie nécessaire pour passer la frontière coûte cher, réduisant la marge bénéficiaire de 3 % à 10 % suivant les produits. Ensuite, cette grosse PME refuse désormais de partager ses camions avec d’autres petits exportateurs, même s’il lui reste de la place dans la remorque. Le risque est trop fort que ces derniers aient mal rempli les formalités et que l’ensemble de la cargaison soit bloquée à la frontière. La conséquence est claire : les tout petits exportateurs, qui envoyaient de temps en temps quelques caisses à l’étranger, ont cessé de le faire. Le jeu n’en vaut plus la chandelle.

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via LeMonde

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