Bruno Alomar et Cédric Perrin : « En matière militaire, la France doit se souvenir que l’UE ne se résume pas à l’Allemagne »

L’Union européenne (UE), dit-on, se construit dans les crises. En fait de crise, la guerre en Ukraine a été perçue par la France comme une démonstration puissante de ses propres thèses selon lesquelles il est urgent que l’UE mue pour, de grand marché, se convertir en une puissance politique, diplomatique et, c’est l’essentiel, à terme, militaire. Dans ce contexte, beaucoup se sont étonnés que rien de substantiel ne soit décidé lors du sommet de Versailles le 10 mars. Pire : la décision unilatérale de Berlin de se doter d’un fonds de 100 milliards d’euros consacré à la défense, sans consultation de ses partenaires, à commencer par la France, a été une douche froide.

Bien sûr, en matière de relation franco-allemande, si l’on sort du romantisme qui règne à Paris, ce sont bien les désaccords qui se succèdent et l’unilatéralisme allemand qui prévaut. Les exemples abondent : la décision unilatérale de Berlin de sortie du nucléaire civil, en 2012, produisant des effets délétères et à laquelle l’Allemagne tient envers et contre tout ; en 2015, une politique migratoire qui a fracturé l’Europe et poussé une frange décisive des Britanniques au Brexit ; le choix allemand de signer des accords gaziers bilatéraux avec le Qatar, en 2022, pour contourner toute négociation multilatérale européenne, etc.

En matière de défense, pour ce qui est des décisions et des intérêts qui les motivent, la réalité montre bien qu’en fait de défense européenne, l’Allemagne – c’est son droit – se situe dans une trajectoire opposée à celle défendue par la France.

L’OTAN est instrumentalisée

Les choix d’abord. Au-delà des mots, les faits attestent que, pour l’Allemagne, point de salut hors de l’OTAN. La litanie des entorses aux engagements européens est longue, et ce, au détriment de la France. Citons ici l’échec du projet d’avion de patrouille maritime (Patmar), lié à l’échec du projet franco-allemand MAWS [Maritime Airborne Warfare System], en 2021, conséquence de la décision de l’Allemagne d’acheter cinq avions Boeing P-8A Poseidon. Citons aussi le choix récent du F-35 par Berlin. Comme souvent, l’OTAN est instrumentalisée. Car c’était une chose de prendre opportunément acte du refus de Washington que d’autres avions qu’américains emportent des bombes atomiques américaines. C’en était une autre que, parallèlement, l’Allemagne se voit privée d’avions EA-18G Growler de guerre électronique et se rabatte dans l’urgence sur une solution européenne bancale.

On pourrait aussi évoquer les difficultés en matière de chars, les atermoiements parlementaires et industriels allemands relatifs au SCAF [système de combat aérien du futur], la décision de Berlin de recourir à une solution israélienne en matière de défense antibalistique, la volonté de l’Allemagne d’imposer au niveau européen un contrôle des exportations militaires strict, défavorable aux intérêts de la France.

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via LeMonde

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