Budget des armées : la France doit se préparer à « faire des choix », selon la Cour des comptes


 Des soldats de l’armée française lors d’une cérémonie d’accueil de la ministre française de la défense, Florence Parly, sur la base aérienne de Mihail Kogalniceanu, en Roumanie, le 6 mars 2022.

C’est à un délicat exercice d’analyse de la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 et des capacités des armées, que s’est livrée la Cour des comptes dans un rapport publié mercredi 11 mai. Un document dont la publication était prévue début mars, mais qui a été repoussé en raison de la guerre en Ukraine. Et pour cause : ses conclusions sont âpres, puisqu’il est clairement indiqué que la France s’oriente vers des « choix » cornéliens si elle souhaite à la fois poursuivre la remontée en puissance de ses armées, tout en maintenant le déficit public sous la barre des 3 % du PIB d’ici à 2027.

Même si la Cour se félicite de la remontée en puissance des crédits de défense depuis 2017 – une première depuis la guerre froide –, « la soutenabilité des finances publiques doit être préservée », a notamment commenté le premier président de la Cour, Pierre Moscovici, lors de la présentation de ce rapport. « Des arbitrages devront être réalisés et des marges de manœuvre devront être trouvées », a-t-il ajouté alors que le budget des armées représente actuellement 10,5 % de celui de l’Etat (hors charge de la dette).

Conformément à ce qui était prévu, entre 2019 et 2022, les crédits d’exécution de la LPM sont passés de 35,9 milliards d’euros à 40,9 milliards en 2022. Les efforts de souplesse dans la gestion du budget des armées menés par la ministre Florence Parly ont permis, selon la Cour, de financer, sans crédits supplémentaires, des besoins qui n’étaient pas prévus par la LPM, notamment pour renforcer le domaine spatial, ou combler en urgence les faiblesses de la lutte antidrones. Mais si la LPM prévoit de pousser le budget des armées jusqu’à 50 milliards d’euros en 2025, des événements intervenus entre-temps risquent de compliquer l’équation.

Compétition stratégique

Les coûts de production des armements risquent de « repartir à la hausse » sous l’effet des fortes tendances inflationnistes de l’économie, souligne le rapport. Le succès inattendu des ventes de Rafale d’occasion à l’export (à la Grèce et à la Croatie), a aussi obligé à prélever ces appareils sur les stocks de l’armée de l’air. Or, les coûts de remplacement n’ont pas été anticipés. L’armée de l’air risque donc de devoir durablement composer avec un nombre d’avions réduits. Enfin, la compétition stratégique ne cesse de s’accroître et les ruptures technologiques s’annoncent de plus en plus rapides.

Face à ce nouveau contexte, la Cour des comptes décrit trois scénarios possibles. Le premier est la poursuite de la remontée en puissance du modèle d’armée « complet » français d’ici à 2030, avec la hausse des dépenses qui va avec. C’est le scénario de « référence » actuel du ministère des armées. Mais dans ce cas, des choix budgétaires douloureux seront à faire dans d’autres domaines de l’économie : « Le quoi qu’il en coûte a ses limites », a estimé de façon tranchée M. Moscovici. Le deuxième scénario consiste à réduire ces mêmes ambitions militaires, comme cela avait été le cas en 2008 et 2013. Mais cette solution n’est « pas sans dommage pour les capacités des armées », pointe la cour.

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via LeMonde

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