Cabosses de cacao et le soleil pour seule boussole : l’aventure d’un pilote perdu pendant 36 jours dans la forêt amazonienne

Le pilote Antonio Sena (au centre), au début du mois de mars, avec les cueilleurs de noix qui l’ont recueilli, dans l’Etat du Para, au Brésil.

C’est une histoire digne des heures glorieuses de l’Aéropostale et, pourtant, elle ne remonte qu’à quelques semaines. Un pilote brésilien s’est perdu durant trente-six jours dans la forêt amazonienne entre janvier et mars 2021. Victime d’une panne de moteur de son Cessna, Antonio Sena, pilote confirmé de 36 ans, s’est écrasé à la fin du mois de janvier au nord du fleuve Amazone, dans l’Etat du Para. Grâce à « Dieu », dit-il, et aux palmiers et aux arbres à açaï qui amortissent le choc, il sort indemne du crash. L’homme loue aussi les « longues heures d’entraînement » et son « expérience ». « Cela m’a permis de rester calme », a-t-il confié au Figaro qui a relaté son histoire mardi 6 avril.

Du calme, il va lui en falloir un plein réservoir, car l’homme n’est alors qu’au début de son odyssée. Son monomoteur s’est abîmé dans une zone presque inhabitée. Autour de lui, une immensité verte : de la forêt, de la forêt et encore de la forêt, vierge qui plus est. Il est tombé au cœur de la réserve biologique Maicuru, classée pour sa biodiversité exceptionnelle. Mais Antonio Sena sait qu’elle abrite une vie clandestine : les mines d’or illégales y prospèrent. C’est justement l’une d’elles qu’il devait ravitailler en fuel et en matériel avec son appareil.

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Pas question pourtant pour le pilote de s’aventurer dans la forêt. Après tout, il a réussi à envoyer un signal de détresse juste avant son atterrissage forcé. Quelqu’un l’a forcément intercepté. Il n’y a plus qu’à attendre les secours, croit-il alors. Il passera sept jours dans l’ombre de la carcasse de son Cessna. Sept nuits d’angoisse. « Je ne dormais pratiquement pas, j’étais en alerte tout le temps, je finissais par tomber de fatigue. Encore aujourd’hui, j’essaie de contrôler mon sommeil bouleversé par toute cette période », raconte-t-il au quotidien. C’est bruyant la biodiversité, surtout à la nuit tombée, lorsque toute la population animale et végétale de la forêt semble décidée à donner de la voix.

« Mes priorités : l’eau, l’abri, le feu »

Le jour, Antonio Sena traque des bruits plus rassurants, ceux des avions militaires qui vont bien finir par le trouver, veut-il croire. En voilà un justement, il l’a vu, c’est certain… Hélas ! « Quand j’ai vu qu’il ne repassait pas, j’ai compris qu’il ne reviendrait pas. C’est à ce moment que j’ai commencé à planifier mon départ à pied », se souvient-il.

Antonio se met en route, glanant ce qu’il peut dans la carcasse de l’avion : eau, pain, soda, lampe torche, etc. Avec le soleil pour seule boussole. « Mes priorités ont toujours été l’eau, l’abri et le feu », se souvient Antonio.

Au menu, cabosses de cacao, œufs de tinamou et fruits

Ça tombe bien, le pilote avait suivi auparavant un stage de survie dans la forêt tropicale. « Je mangeais ce que je trouvais durant ma marche. Je ne me suis jamais arrêté pour chercher de quoi manger, essayer de chasser », dit-il. Au menu, cabosses de cacao, œufs de tinamou, fruits et eau de pluie et des rivières. L’homme perdra 25 kilos, mais il tient bon jusqu’à ce qu’il tombe sur un campement de cueilleurs de noix, qui seront son salut. Antonio découvrira qu’il n’a marché que 28 kilomètres en un mois.

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De son expérience, Antonio Sena tire un lien nouveau avec la forêt. « Aujourd’hui, j’ai une admiration encore plus grande pour la forêt parce qu’elle m’a sauvé. Si j’étais tombé dans le désert ou la mer, je n’aurais pas survécu aussi longtemps. Si j’ai réussi à survivre, c’est grâce à la forêt. »

Le Monde

via LeMonde

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