Campagne massive d’arrestations parmi les Palestiniens d’Israël

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Publié aujourd’hui à 11h21

Omaïr a le visage creusé par les nuits sans repos. « Avant de dormir, je ressasse. Je rêve que je suis menotté, qu’on me frappe. Presque tous les jours », lâche le jeune Palestinien d’Israël de 21 ans, les traits encore adolescents sous sa barbe noire. Le soir de l’Aïd, le 12 mai, il est sorti avec son frère et deux amis fêter la fin du ramadan à Nazareth, dans le nord du pays. « Je retirais de l’argent quand une brigade s’est approchée, raconte-t-il. L’un des hommes en uniforme s’est avancé vers moi en courant, le poing levé comme s’il allait me frapper. » Il court alors à son tour mais les forces de sécurité israéliennes le rattrapent ; ils sont « une vingtaine » et le tabassent. « Je criais : “C’est bon, je me rends !”, mais ils continuaient à me battre. J’ai cru qu’ils allaient me tuer. »

Omaïr, 21 ans, est un citoyen palestinien d’Israël. Il dit avoir été battu si violemment par la police le 12 mai qu’il a été hospitalisé, son râne recousu, et qu’il ressent toujours des vertiges. Le 2 juin 2021 à Nazareth.

Le jeune homme est traîné au commissariat. Là-bas encore, les coups pleuvent, il en reçoit un derrière le crâne. « C’était peut-être une crosse de M16. Je ne sais pas, je n’ai pas senti mais soudain, j’avais du sang sur les pieds », se souvient-il. Malgré l’hémorragie, Omaïr est à nouveau passé à tabac puis finalement transporté à l’hôpital. Sur l’arrière de son crâne rasé, en haut à gauche, quatre points de suture se dessinent. Depuis, il a des baisses de tension, il a arrêté ses missions d’intérim dans la construction. « Tout ça pour rien, je n’avais rien fait ! A côté de moi, un autre jeune a eu le nez cassé et un garçon de 14 ans – 14 ans ! – s’en est tiré avec la lèvre ouverte. Pourquoi ? Il applaudissait lors de la manifestation qui avait lieu ce soir-là », s’indigne Omaïr. Lui n’a finalement jamais été interrogé.

Intimider les jeunes

Le 23 mai, Israël annonce lancer une campagne massive d’arrestations, baptisée « Loi et ordre », pour « dissuader et renforcer la gouvernance » dans certaines zones du pays. Prévue au départ pour quarante-huit heures, elle a pris fin officiellement le 3 juin. L’Etat hébreu affirme cibler les auteurs de violences et vouloir démanteler les réseaux du crime organisé ; la police a ainsi saisi 970 armes. L’opération arrive après une série d’affrontements dans les villes dites « mixtes » lors desquels un Palestinien citoyen d’Israël et un juif israélien ont été tués. Les arrestations ont commencé avant l’annonce de cette campagne ; depuis le 9 mai, plus de 2 100 personnes ont été arrêtées – dans leur immense majorité des Palestiniens citoyens d’Israël – dont 285 ont été mises en examen. Les autres ont souvent été relâchées dans la journée ou le lendemain. De nombreuses violences ont été rapportées ; le 19 mai, dans la ville arabe d’Oum El-Fahm, un jeune homme de 17 ans a succombé à ses blessures après que la police lui aurait tiré dessus.

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via LeMonde

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