Canicule à Portland : trois jours en « enfer »

Jerry Vermillion, 57 ans, Jess, 27 ans, et son compagnon, Lokin 42 ans, à Portland, le 6 juillet 2021. M. Vermillion s’est bricolé une « résidence » et un jardin sur un morceau de trottoir, au pied de l’église Saint-Marc.

Alors que le thermomètre affichait 46 °C, le 28 juin, à l’aéroport de Portland, le chercheur Vivek Shandas a pris sa voiture et est parti faire des relevés avec son fils de 11 ans. Professeur « d’adaptation climatique » à l’université d’Etat de Portland, il est d’abord passé chercher son matériel au labo : des capteurs faits maison, qui permettent de mesurer la température et l’humidité toutes les secondes. Associé à un GPS, le « thermomètre » permet d’évaluer la température d’une rue à l’autre, d’un bâtiment à un terrain vague, d’un parc à un immeuble de bureaux…

L’universitaire n’allait pas rater l’occasion. « C’était un moment historique. Je n’imaginais pas voir un tel phénomène de canicule extrême dans le Pacifique nord-ouest avant dix ou vingt ans. » Pour tout dire, il n’a même pas de climatiseur. Comme beaucoup à Portland, il a dormi par terre, sur le plancher. « C’est surréaliste. Je n’avais jamais pensé à avoir l’air conditionné avant la semaine dernière alors que j’étudie ce sujet depuis vingt ans ! »

Vivek Shandas est passionné par l’étude des variations de températures que l’on peut trouver non pas dans une seule région – le phénomène des îlots de chaleur urbaine est bien connu – mais à l’intérieur des quartiers d’une même ville. « En général, on n’a qu’une mesure de la température : c’est à l’aéroport. C’est une mesure monolithique alors qu’il y a des variations de plusieurs degrés. » Son laboratoire a été commissionné pour faire des analyses dans plusieurs grandes villes américaines. Les conclusions sont invariables. « On voit se répéter partout le même phénomène de corrélation entre les endroits les plus chauds et ceux où vivent les communautés de couleur et les populations à bas revenus. »

Vivek Shandas, professeur à l’Université d’Etat de Portland, a étudié les températures dans toute la ville lors de la récente vague de chaleur.

Inégalités devant la canicule

La canicule de Portland n’a pas fait exception. Le record officiellement enregistré a été de 116 °F (46 °C) mais les capteurs du professeur ont enregistré des pics de 51 °C sur le boulevard Martin-Luther-King dans le nord-est de la ville, et sur la 82e avenue dans le sud-est, deux quartiers historiquement déshérités. Avec sa caméra infrarouge, il a aussi saisi la température à l’intérieur des tentes des sans-abri installées entre l’échangeur d’autoroute, le centre de convention et le Steel Bridge, l’un des 12 ponts de Portland. Le 28 juin, il y faisait 57 °C. « J’étais choqué. Le corps humain a une tolérance assez faible pour la chaleur. Si on arrive au-dessus de 36 ou 37 °C, on commence à avoir de sérieux problèmes de thermorégulation. »

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via LeMonde

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