Ce que les jeunes Français et Allemands attendent de l’Europe


Des jeunes manifestent pour le climat et la justice sociale, avec une pancarte « La planète avant le profit », lors d’une marche organisée par le mouvement Fridays for Future, le 25 mars 2022, à Berlin.

Elève en classe de première à Saint-Omer (Pas-de-Calais), Fabien Jones parcourait son fil Instagram, le 22 juin 2021, quand il est tombé sur ce post de la plate-forme de participation citoyenne Make.org : « Jeunes, quelles sont vos priorités pour l’Europe de demain ? » Il a cliqué sur le lien et a fait une proposition : « Créer un meilleur système d’échanges entre lycées et collèges français et allemands. »

Entre mai et juillet 2021, 50 000 jeunes Français ont répondu à cette consultation lancée par le gouvernement dans le cadre de la conférence sur l’avenir de l’Europe. Quelques mois plus tard, 45 000 jeunes Allemands ont participé au même exercice. Dans les deux cas, ils étaient invités à proposer une ou plusieurs mesures et à se prononcer sur celles formulées par les autres. Les résultats comparés de ces deux enquêtes ont été présentés, le 9 février, à Berlin, à l’initiative de l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ), qui a ensuite invité une cinquantaine de contributeurs des deux pays pendant trois jours, à Dresde, pour qu’ils partagent leurs idées. Mises en regard, les deux consultations permettent de se faire une idée assez précise de ce que les jeunes des deux pays attendent de l’Europe.

Des citoyens mieux associés aux décisions européennes

Au nombre de votes (plus de 122 000), il apparaît – et d’assez loin – que ce sont les enjeux climatiques et environnementaux qui préoccupent le plus les jeunes des deux côtés du Rhin. Dans ce domaine, quatre propositions ont été approuvées par plus des trois quarts des participants dans les deux pays : mettre en place une politique ambitieuse à l’échelle européenne pour lutter durablement contre le réchauffement climatique, déployer un réseau ferroviaire commun à l’échelle de l’Europe, développer les énergies renouvelables et encourager une agriculture plus responsable, en particulier, dans le domaine de l’élevage.

Deuxième sujet de préoccupation : la démocratie européenne. Les jeunes des deux pays expriment un même besoin de mieux connaître le fonctionnement des institutions européennes. Mais ils souhaitent surtout que les citoyens soient davantage associés aux prises de décision : pour cela, les jeunes Allemands privilégient avant tout les outils de démocratie participative, tandis que les jeunes Français sont plus nombreux à réclamer des réformes constitutionnelles, comme la généralisation du recours au référendum ou la reconnaissance du vote blanc.

La lutte contre l’évasion fiscale plébiscitée

Si elles ont donné lieu à un nombre un peu moins élevé de propositions en moyenne, les autres grandes thématiques (économie et social, santé, état de droit, numérique, éducation et culture) n’en ont pas moins permis de dégager plusieurs idées largement plébiscitées par les jeunesses des deux pays. Parmi elles, la lutte contre l’évasion et l’optimisation fiscales des entreprises au sein de l’Union européenne (UE), l’intensification des échanges éducatifs entre les pays membres de l’UE, l’augmentation des investissements dans la recherche technologique et numérique, ou encore la préservation de l’hôpital public, auquel les jeunes Français et Allemands estiment qu’il faut donner davantage de moyens.

Ces deux enquêtes – c’est aussi l’intérêt de leur mise en regard – font également apparaître des différences de sensibilités. La réindustrialisation, par exemple, apparaît comme une préoccupation française plus qu’allemande. Dans le domaine sanitaire, les Français attendent de l’Europe qu’elle veille plus strictement à la qualité de l’alimentation tandis que les Allemands accordent davantage d’importance aux politiques de lutte contre la toxicomanie. Sur les questions de valeurs et de droits, la répression des crimes sexuels et des violences policières fait figure de priorité surtout pour les jeunes Allemands ; chez les jeunes Français, le rapport comparé des deux enquêtes évoque un « plébiscite singulier » autour des droits des femmes.

Le nucléaire, sujet clivant des deux côtés

Restent, enfin, les controverses dites partagées, autrement dit les propositions qui, dans les deux pays, sont les moins consensuelles. C’est le cas des centrales nucléaires : l’idée qu’il faille les promouvoir pour accroître l’indépendance énergétique et produire une électricité moins carbonée que celle produite par le charbon ou le gaz divise autant les jeunes Français que les jeunes Allemands, alors même que les premiers vivent dans un Etat où le mouvement antinucléaire est historiquement beaucoup moins puissant.

Autres propositions clivantes : la création d’une Europe fédérale, le renforcement des pouvoirs du Parlement, la mise en place d’une politique européenne de défense ou d’une armée européenne, les questions relatives à l’immigration, ou encore les mesures visant à faire une place spécifique aux jeunes au sein des institutions européennes : sur ce plan, les 15-30 ans, Français et Allemands, attendent de l’UE qu’elle associe davantage l’ensemble des citoyens, mais pas eux plus que leurs aînés. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, une mesure comme l’abaissement de la majorité électorale à 16 ans – qui compte parmi les promesses du nouveau gouvernement allemand – est loin de faire consensus chez les jeunes, et ce, dans les deux pays.

Etudiante dans un cursus franco-allemand à l’université de la Sarre et membre du réseau des jeunes « ambassadeurs » de l’OFAJ, Josephine Ehm, 21 ans, a participé à la consultation en ligne côté allemand, mais a aussi fait partie d’un petit groupe d’Allemands issus des régions frontalières conviés aux débats organisés, à Strasbourg, puis à Paris, dans le cadre de la conférence sur l’avenir de l’Europe. De ces différents échanges, elle tire un bilan à la fois très positif (s’agissant de la démarche) et relativement inquiet (quant aux résultats eux-mêmes).

« Ce qui m’a frappée, d’abord, c’est le fait qu’il y ait eu autant de monde, en ligne et dans les conférences régionales, pour discuter de l’avenir de l’Europe. Cela prouve qu’il existe un besoin urgent de mettre les questions européennes au cœur de la société et de cesser de penser qu’elles n’intéressent que les élites », raconte la jeune femme. « Mais, en même temps, je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de réticences et de controverses sur certaines mesures que j’aurais crues plus largement partagées, comme le renforcement du Parlement européen. Tout ça montre qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour dépasser ces divergences et définir un projet européen cohérent et consensuel. »

via LeMonde

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