« C’est indescriptible » : en Ethiopie, la région Afar dévastée par trois mois d’occupation tigréenne


Darsa Ambale, un milicien afar de 25 ans, à Erebti, le 4 mai 2022.

Kalachnikov en bandoulière, Aliyu Muhammad Musa pointe du doigt la montagne qui surplombe Konnaba, une bourgade de la région Afar, dans le nord de l’Ethiopie. « Regardez, ils sont là-haut, près du sommet », affirme le milicien au visage couvert de poussière en désignant les positions des soldats du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Ces derniers ont occupé la région trois mois durant. Konnaba a été reprise par les combattants afar le 22 avril, mais le front n’a pas pour autant disparu.

Le TPLF est présent dans le nord de l’Afar depuis fin janvier. Jusque-là, la guerre civile qui oppose depuis novembre 2020 les insurgés tigréens au gouvernement du premier ministre Abiy Ahmed s’était cantonnée aux régions du Tigré et de l’Amhara. « La nuit, ils ont pris d’assaut la ville avec des mortiers et d’autres pièces d’artillerie », se souvient Aliyu Muhammad Musa. Des violences qui se sont vite étendues, poussant 336 000 personnes vers des camps de déplacés, selon les Nations unies.

Dans un communiqué officiel publié le 26 avril, le TPLF a assuré s’être « complètement retiré » de la province. En réalité, il conserve toujours des emprises dans quatre districts. « Ils n’ont jamais reconnu nous avoir envahis, maintenant ils disent être complètement partis… Là encore, ils mentent », dénonce Mohammed Idriss, le préfet de la Zone 2, une des cinq zones administratives de la région Afar.

« Ni eau, ni nourriture »

Deux semaines après la libération de Konnaba, réputée pour ses gisements d’or, aucun des 50 000 habitants n’a pu revenir sur place. La province a été mise à sac : villes fantomatiques, bâtiments éventrés, administrations vandalisées, magasins pillés, maisons saccagées… « C’est indescriptible », déplore Valerie Browning, une Australienne à la tête de l’Association de développement pastoral afar. Selon elle, les forces du TPLF « ont ramené le nord de la région cinquante ans en arrière ».

A Konnaba, l’hôpital porte encore les marques de la furie de l’occupant. Les couloirs et le bloc opératoire sont encombrés de médicaments, d’ustensiles et de matériel. Les câbles électriques à l’intérieur de l’établissement ont été systématiquement coupés. « Ils ont volé les machines et détruit ce qu’ils ne pouvaient pas prendre », souligne Osman Nouru, responsable du district de Konnaba.

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via LeMonde

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