Clotilde Champeyrache : « Pour les mafias, l’entrée dans la légalité est une fin en soi »


En janvier 2021, plus de 350 personnes, membres de la ‘Ndrangheta, élus locaux, fonctionnaires, policiers et entrepreneurs, ont défilé à la barre du tribunal de Lamezia Terme (Italie). Le procès a eu lieu le plus souvent en visioconférence à cause de la pandémie de coronavirus.

Comment peut-on définir la mafia ?

Dans la criminalité organisée, on distingue un ensemble de familles qui vont des formes les plus faibles (où l’on se structure autour d’une activité) aux formes les plus évoluées et achevées, comme les mafias. Dans le monde, l’Italie est le seul pays à avoir juridiquement défini ce que serait une mafia ou le délit d’association mafieuse. En 1982, Rome légifère pour distinguer cette activité du simple délit d’association de malfaiteurs. L’Italie veut ainsi montrer ici qu’on est un cran au-dessus en matière de criminalité organisée. D’après l’article 416 bis du code pénal italien – la référence – , la Mafia se définit dès lors qu’il existe un lien associatif suffisamment fort pour créer de l’assujettissement et de l’omerta (la loi du silence).

L’organisation est de type mafieux lorsqu’elle commet des délits, bien entendu, mais aussi qu’elle est présente dans la sphère légale de l’économie (contrôle de marchés publics) et dans la sphère légale politique (tentative de contrôle et de manipulation de l’expression du vote). Si une organisation remplit ces fonctions, on peut parler de mafia.

Sur la base de cette définition stricto sensu, existe-t-il, dans le reste du monde, des organisations criminelles qui entrent dans la catégorie « mafia » ?

Lorsque la loi est adoptée en 1982, le législateur vise Cosa Nostra (la Mafia sicilienne) et se pose aussitôt la question : est-ce que la Camorra (la Mafia napolitaine) relève de la Mafia ? On finit par le reconnaître, d’où la révision de l’article 416 bis. On ajoute un paragraphe pour désigner, outre la Sicile, toute autre forme qui regroupe ces caractéristiques, comme la Camorra ou la ’Ndrangheta (Mafia calabraise), mais aussi des organisations étrangères. Ainsi, dans la péninsule italienne figurent les trois classiques : sicilienne, napolitaine, calabraise. Si on regarde les caractéristiques, notamment le volet extrêmement durable dans le temps, je recoupe sous le terme « mafia » les yakuzas japonais et les triades chinoises. La question s’est un temps posée pour la Russie, car le terme a été très utilisé et instrumentalisé sous Vladimir Poutine. Cependant, c’est une façon de désigner un peu tout et n’importe quoi, comme la mafia ouzbèke (celle du coton). Mais c’est une hyperspécialisation, alors que les mafias sont diversifiées dans leurs activités. On ne peut donc pas dire « la mafia du pétrole » ou de tel autre domaine. On est hors champ !

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via LeMonde

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