Comment la Centrafrique est devenue le laboratoire de la propagande russe en Afrique

« Nous allons soutenir la Russie jusqu’à notre dernier souffle ! » Ce 5 mars 2022, à des milliers de kilomètres de l’Ukraine, alors envahie par les forces de Moscou depuis un peu plus d’une semaine, des dizaines de manifestants brandissent le drapeau russe dans les rues de Bangui, capitale de la République centrafricaine.

« Les Russes ont demandé à l’Ukraine d’arrêter ses attaques, mais les Ukrainiens n’ont pas obéi, alors la Russie a été obligée d’attaquer l’Ukraine, c’est ça qu’il faut comprendre », expliquent les organisateurs, membres de « Galaxie nationale », une association proche du pouvoir. La propagande russe s’affiche sur les pancartes : « Russie et Centrafrique contre le nazisme ». Un peu en retrait, des hommes blancs masqués observent la scène depuis leur véhicule aux vitres fumées. A Bangui, pourtant, chacun connaît leur appartenance.

Les mercenaires du Groupe Wagner, société sans existence officielle mais présente partout où le Kremin a des intérêts, sont au cœur du pouvoir centrafricain, protégeant un gouvernement favorable à Moscou. En quelques années, le pays est devenu le laboratoire d’une propagande agressive et multiforme.

Les premiers Russes sont arrivés début 2018. La France venait de mettre un terme à l’opération française « Sangaris » (2013-2016) sans réussir à éteindre les braises de la guerre civile. Bangui signe alors un accord de défense avec Moscou, qui enverra au fil du temps jusqu’à 2 000 « instructeurs » pour former une armée nationale en débandade et sous-équipée.

Les Wagner assurent la protection rapprochée du président Faustin-Archange Touadéra et mènent des combats acharnés pour le contrôle des sites miniers dans l’intérieur du pays. Au prix de graves exactions sur les civils, largement documentées par les Nations unies : tortures, viols, exécutions sommaires, ciblage ethnique.

Un partenaire désintéressé

Mais la Russie se bat aussi sur un autre front : celui de la propagande. « Des réunions secrètes, pour préparer des manifestations, sont organisées à la présidence où siègent les Wagner et les plus hautes autorités centrafricaines », explique un ancien membre du parti au pouvoir, aujourd’hui en exil après avoir dénoncé les manœuvres russes. « Les participants reçoivent une somme d’argent qu’ils distribuent ensuite aux chefs de quartier en prélevant leur part. Chacun perçoit 1 500 francs CFA [environ 2 euros] à l’issue de la manifestation », de quoi survivre une journée de plus dans le second pays le plus pauvre du monde.

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via LeMonde

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