Comment le ministère de la justice a fait barrage à la tentative de coup d’Etat de Donald Trump


Jeffrey Rosen, ancien procureur général par intérim, au centre, et Richard Donoghue, ancien sous-procureur général par intérim, à droite, devant la commission d’enquête de la Chambre des représentants sur l’assaut contre le Capitole, le jeudi 23 juin 2022 à Washington.

« Dites juste que l’élection était corrompue et laissez-nous, moi et les élus républicains, nous occuper du reste. » Cette citation de Donald Trump figure dans les notes de Richard Donoghue, adjoint du procureur général des Etats-Unis, Jeffrey Rosen, fin 2020. Elles ont été prises lors de l’un des entretiens entre les deux hommes et le président.

Au cours du mois de décembre, Donald Trump a organisé un véritable harcèlement de la haute hiérarchie du ministère de la justice (DOJ), afin de la pousser à donner un vernis de légitimité à ses mensonges sur les fraudes électorales. Jeffrey Rosen et Richard Donoghue ont résisté et déjoué le sabotage. Ils ont raconté, en détail, les moments les plus saisissants de cette entreprise, jeudi 23 juin, devant la commission d’enquête de la Chambre des représentants sur l’assaut contre le Capitole.

Une réunion de crise dans le bureau Ovale, le 3 janvier, fut le dénouement de ces semaines de pressions. Jeffrey Rosen avait demandé à voir le président. Depuis trois semaines, les exigences de Donald Trump s’intensifiaient. Après l’échec de ses plaintes en justice, pour des fraudes inventées de toutes pièces, le président était devenu très frustré devant le manque de soumission du DOJ. Il avait réclamé, en vain, la désignation d’un enquêteur spécial, ainsi que la saisie des machines de vote.

Le ministre précédent, William Barr, avait fait savoir publiquement, le 1er décembre, que les allégations n’étaient pas corroborées, et avait été remplacé par Jeffrey Rosen. Mais celui-ci ne comptait pas davantage se prêter à une instrumentalisation du ministère. Donald Trump a donc envisagé, à quelques jours du fatidique 6 janvier, de le remplacer par un homme de second rang, sans expérience pénale : Jeffrey Clark.

Petite main docile du président

Ce cadre au ministère de la justice, spécialiste des questions environnementales, s’était mis au service de Donald Trump, en décembre, en court-circuitant sa propre hiérarchie. Violant tous les principes de travail – le ministère agit de façon autonome par rapport au président – il était en contact direct avec la Maison Blanche. En ce 3 janvier, l’heure de la grande confrontation était donc arrivée, dans le bureau Ovale. C’était un dimanche. Richard Donoghue n’y était pas préparé.

Quelques heures plus tôt, il avait organisé une conférence téléphonique avec les plus hauts responsables du ministère, qui avaient confirmé qu’ils démissionneraient tous si le procureur général était écarté. Richard Donoghue, vingt ans dans les forces armées, a une certaine idée du protocole. Il s’est excusé en entrant dans le bureau du président, en jeans, tee-shirt militaire et bottes sales. Puis, il fut offensif.

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via LeMonde

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