Comment le Niger tente de colmater les brèches taillées par le « terrorisme insurrectionnel »

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Publié aujourd’hui à 14h08

Soulevant un nuage de sable, c’est sous bonne escorte de la garde nationale du Niger que la voiture de Mahaman Moha franchit le portail en fer, aussitôt refermé, de la préfecture d’Ayorou. Au sol, un panneau métallique qui attend d’être planté indique que la réhabilitation du bâtiment, tout juste terminée, a été financée par le ministère des affaires étrangères allemand. Des militaires nigériens bivouaquent en permanence dans la cour. C’est là, sur les rives rocailleuses du fleuve Niger, à une vingtaine de kilomètres du Mali et un peu plus du triple du Burkina Faso, que le « docteur Moha » a rendez-vous avec des notables communautaires de la région. Ils sont venus lui faire part de leurs inquiétudes sécuritaires dans cette zone extrêmement volatile dite « des trois frontières », où l’Etat tente de réaffirmer son autorité face à l’activisme tous azimuts de groupes armés djihadistes, criminels, ethniques, voire un mélange des trois.

Mahaman Moha, appelé « docteur Moha » en référence à sa formation initiale d’anesthésiste, devenu ensuite anthropologue au sein du Laboratoire d’études et de recherche sur les dynamiques sociales et le développement local, à Niamey, est aujourd’hui le conseiller spécial du général Mahamadou Abou Tarka, le chef de la Haute Autorité à la consolidation de la paix (HACP). Cet organisme public politico-militaire avait été créé en 1995 pour suivre la mise en œuvre des accords de paix signés, cette année-là, avec des groupes rebelles touareg.

A l’époque, c’était le massif de l’Aïr, autour d’Agadez et dans le Ténéré, qui était en ébullition. Un quart de siècle plus tard, à plus de 1 000 kilomètres à l’ouest d’Agadez, le « docteur Moha », touareg de l’Aïr, veut contenir, à Ayorou, un autre incendie. Celui qu’a allumé « le terrorisme insurrectionnel », comme le nomme le général Mahamadou Abou Tarka, conduit par des groupes, surtout installés au Mali, qui revendiquent leur allégeance à l’organisation Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS) et qui attisent les braises des dissensions communautaires. Plusieurs centaines de militaires et de civils ont été tués depuis décembre 2019 dans cette zone nigérienne des « trois frontières ».

Lire aussi La zone des « trois frontières », point brûlant de la guerre au Sahel

Dans ce théâtre de la guerre au Sahel, aux confins de trois pays, là où les Etats ne pèsent plus grand-chose, l’usage de la violence est devenu la règle pour solder les différends communautaires. « C’est le principe des vases communicants : les groupes terroristes gagnent la crédibilité que perd l’Etat. Nous nous disputons la loyauté des populations », explique, à Niamey, le général Mahamadou Abou Tarka. Les médiations coutumières sont minées, piégées par une spirale de vengeances inter ou intracommunautaires. Et l’Etat nigérien fait ce qu’il peut pour limiter les dégâts.

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via LeMonde

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