Comment les maires de la région de Kiev ont résisté à l’envahisseur russe


Vadym Tokar, le maire de Makariv (Ukraine), le 17 avril 2022. 

Les treillis des hommes armés tranchent avec la décoration naïve et colorée du centre des enfants et de la jeunesse de Makariv. L’administration de cette petite ville ravagée par la guerre s’est installée dans ce bâtiment depuis que la mairie a été détruite par les soldats russes. Dans une salle de classe, le maire assure n’avoir jamais envisagé de quitter son poste malgré les bombardements continus, du 28 février à la fin mars. « Je devais rester là pour montrer aux gars de la défense territoriale qu’il fallait se battre », assure Vadym Tokar, 38 ans, calme et massif.

L’édile de la commune située à une cinquantaine de kilomètres de Kiev représentait une cible privilégiée pour les forces du Kremlin. Sa tête, assure-t-il, était mise à prix. Sur l’écran de son téléphone, il montre un message envoyé par le commandement russe lui conseillant de penser à ses citoyens et à sa famille et de ne pas « mener [sa ville] à la catastrophe humanitaire ». Le message se concluait par cet avertissement : « Ne laisse pas les nationalistes se cacher derrière toi ! » L’homme ne s’est pas laissé démonter. Après avoir souhaité à son correspondant anonyme de traverser la même « tragédie » que la nation ukrainienne, il a écrit : « Vous ne comprenez pas notre langue, alors je vais traduire [en russe], mais en bref : va te faire foutre, fasciste russe. »

A Makariv, l’offensive russe a débuté le 28 février. Selon le maire, 14 000 habitants sont parvenus à s’enfuir sur les 15 000 que comptait la commune. Puis, après le retrait des forces du Kremlin, fin mars, « 132 » cadavres de civils ont été découverts. Dans la région de Kiev, les autorités ukrainiennes décomptent pour le moment plus de 1 000 civils tués. Sur son portable, Vadym Tokar dévoile la photo d’un homme gisant le long de son vélo, puis une vidéo extraite d’une caméra de surveillance, datée du 28 février, qui montre un char russe tirant à plusieurs reprises sur une voiture. A l’intérieur, se trouvait le couple Maystrenko, 72 et 68 ans.

« Impossible de rester »

Pour lui, les Russes ciblent les maires à des fins de « propagande ». « Ils essaient de les capturer afin de les obliger à soutenir le monde russe, en espérant que les populations suivent. » La résistance de certains leur aurait coûté la vie. Les corps d’Olha Soukhenko, cheffe du village voisin de Motyjyn, de ses fils et de son mari, ont ainsi été retrouvés dans une fosse creusée dans une forêt de pins, le 5 avril. Vadym Tokar explique que la femme, disparue le 24 mars, « communiquait à l’armée ukrainienne les positions des forces russes ». Iouri Prylypko, le maire de Hostomel, ville stratégique non loin de Kiev, attaquée dès le premier jour de l’invasion, lui, a été tué le 7 mars.

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via LeMonde

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