Condamnation à mort du violeur multirécidiviste à l’origine du #metoo iranien


Dans un magasin de Téhéran, le 24 février 2020.

Keyvan Emamverdi a été un visage familier des soirées de la jeunesse intellectuelle et artistique de Téhéran. Il travaillait dans une librairie proche de l’université de Téhéran et traînait dans les cafés en vogue de la capitale. Le 9 juillet, l’homme de 35 ans a été condamné à la peine capitale pour des viols commis sur au moins neuf jeunes femmes qui avaient osé porter plainte. Les méfaits de cet archéologue de formation ont été à l’origine du mouvement #metoo en Iran, en 2020.

Selon les médias locaux qui ont couvert l’affaire, le nombre de ses victimes pourrait s’élever à une centaine, mais beaucoup ont choisi de ne pas poursuivre Keyvan Emamverdi, car elles savaient que l’homme risquait la condamnation à mort, une peine qu’une partie de la société iranienne rejette.

Après l’énoncé du verdict, certaines plaignantes ont exprimé leur déception que le juge et les avocats de l’accusé n’aient pas essayé de diriger l’accusé vers une demande de pardon des victimes. « A quoi cela me sert que Keyvan Emamverdi soit exécuté ? s’insurge l’une des neuf plaignantes, Katayoun (un pseudonyme). Nous voulions qu’il soit condamné à une longue peine de prison, qu’il présente ses excuses et qu’il nous demande pardon devant son avocat, sa famille et leurs autres plaignantes. Nous aurions préféré une sorte de justice réparatrice. Mais cela ne s’est guère produit. »

L’été 2020, quatre jeunes Iraniennes ont publié sur leurs pages Instagram le témoignage d’une de leurs amies qui racontait son expérience traumatisante, en 2017 à Téhéran, lorsqu’elle s’est rendue dans l’appartement de Keyvan Emamverdi, en ne mentionnant que les initiales de ce dernier (« K. E. »). La publication de cette histoire a un effet boule de neige : le témoignage est rapidement repris sur de très nombreuses plates-formes, d’autres récits de viol par le même homme sont publiés, reprenant le même mode opératoire : les femmes se retrouvent inconscientes après avoir bu du vin chez Keyvan Emamverdi. Son nom se diffuse sur les réseaux.

Aucun signe de regret

C’est à ce moment que Katayoun comprend ce qui lui est arrivé durant l’été 2018. « Il m’avait aussi fait boire du vin rouge et après, je n’ai que des souvenirs très parcellaires, mais dégoûtants, soutient Katayoun, âgée de 36 ans. Quand j’ai lu son nom sur Twitter et ses histoires de viol, j’ai arrêté de me flageller pour ce qui m’était arrivé. J’ai été violée après avoir été empoisonnée. »

La police iranienne a arrêté Keyvam Emamverdi quelques jours plus tard. Son procès pour « corruption sur terre » – selon le terme juridique consacré en Iran – n’a commencé qu’en 2021. Katayoun qui vivait à l’époque avec ses parents dans une ville dans l’est du pays se rend à chaque audience. « Je ne voulais pas que ma famille sache que j’avais été violée et que j’avais porté plainte. Avant chaque audience, j’inventais une histoire pour m’absenter pendant vingt-quatre heures de la maison familiale et de mon travail. Je prenais le train de nuit pour arriver à Téhéran le matin et rebrousser chemin la nuit suivante », explique l’Iranienne.

Il vous reste 22.9% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess