Covid-19 : comment le Royaume-Uni a pris la mesure de l’importance de la lutte contre l’obésité

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, le 30 septembre 2020, à Londres.

Boris Johnson l’a déclaré sans fard à la suite de son séjour à l’hôpital, en avril 2020 : « J’étais trop gros ». Le premier ministre britannique en est depuis persuadé : c’est parce qu’il était obèse (110 kg pour 175 cm, soit un indice de masse corporelle supérieur à 30) qu’il a développé une forme grave du Covid-19. Depuis, il a expliqué avoir renoncé à ses fringales nocturnes de fromage et s’est mis au footing : il aurait perdu jusqu’à 1,5 stone (9,5 kg).

Surtout, le dirigeant conservateur, adepte du vélo à titre personnel mais jusqu’alors fervent opposant du Nanny State (« l’Etat surprotecteur ») a fait de l’obésité son sujet de santé publique numéro un. Plus question de refuser l’action politique pour tenter d’éradiquer le phénomène, ni de dénoncer, comme dans une tribune signée en 2004 dans le Daily Telegraph (et titrée « c’est de votre faute si vous êtes gros »), ces députés qui déjà voulaient s’occuper du tour de taille des Britanniques.

Il faut dire que les études cliniques ont désormais établi un rapport clair et alarmant entre excès de poids et risque accru de développer une forme grave du Covid-19 et d’en mourir. Ce qui contribuerait au triste record de mortalité du Royaume-Uni : quasiment 127 000 décès depuis le début de la pandémie, « même si on ne peut pas établir la part qu’a joué l’obésité, elle est clairement un facteur aggravant », souligne le docteur Adam Briggs, membre de l’association caritative Health Foundation.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 et obésité : « Le tissu adipeux servirait de réservoir de virus »

Les chiffres sont alarmants : 28 % des adultes britanniques sont considérés comme obèses, selon des données de l’hôpital public britannique datant de 2019 (et 21 % des enfants de 10 ou 11 ans). Alors qu’un tiers des enfants britanniques vivent dans des foyers pauvres – une fois soustraits les frais de logement, souvent très élevés, aux revenus des familles –, le lien entre grande pauvreté et obésité est caractérisé : 27,2 % des enfants des zones les plus défavorisées sont considérés comme obèses, contre 13,9 % pour ceux vivant dans les zones les moins défavorisées. Sédentarité, difficultés d’accès à une nourriture saine et bon marché, ont ancré des habitudes alimentaires dans le quotidien : il est courant de voir les collégiens dévorer des chicken wings et des frites à la sortie de l’école, en plein après-midi.

Les sports en extérieur réautorisés

En juillet 2020, Downing Street a donc publié un premier « plan anti-obésité », proposant, tous azimuts, un contrôle accru des publicités alimentaires sur le petit écran, des promotions dans les supermarchés (pièges à malbouffe, estime le gouvernement) et une meilleure information des consommateurs. Le 4 mars, il a aussi annoncé 100 millions de livres sterling (117 millions d’euros) destinés au NHS – l’hopital public – et aux municipalités, afin de financer du conseil médical à environ 700 000 personnes, des campagnes de publicité nationales ou locales et des initiatives dans les écoles, concernant 6 000 enfants des zones les plus pauvres.

Il vous reste 46.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

Total
2
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post

L’Iran accélère la mise en place d’un intranet national

Next Post

Les inégalités et les injustices ont été amplifiées par la crise du Covid-19, selon Amnesty International

Related Posts