Covid-19 : résister à la tentation du protectionnisme vaccinal

Editorial du « Monde ». Une chancelière allemande réputée pour sa sagesse dans la gestion des crises et qui, soudain, annule sa décision de confiner ses concitoyens pour Pâques et présente des excuses publiques. Un président français réputé pour son audace qui regrette, à la télévision grecque, le côté « diesel » d’une Europe qui « a manqué d’ambition », voire « de folie », dans une campagne de vaccination poussive. Un premier ministre italien réputé pour son expertise qui envoie ses carabiniers débusquer dans un entrepôt des stocks de doses dont Bruxelles soupçonne qu’ils sont abusivement destinés à l’exportation.

Un premier ministre britannique réputé pour sa conduite échevelée du Brexit qui attribue le succès de sa stratégie vaccinatoire à la « cupidité » et au « capitalisme », omettant de mentionner la mort de plus de 120 000 de ses compatriotes : un an après l’irruption massive du Covid-19 en Europe, le désarroi de ses dirigeants est profond, face à une crise qui ne cesse de rebondir.

Lire aussi Vaccination contre le Covid-19 : Londres et Bruxelles disent vouloir travailler à une solution commune

La préparation du Conseil européen du jeudi 25 mars, qui réunit les dirigeants des Vingt-Sept de nouveau virtuellement, alors qu’ils ont tant besoin de se voir et de se parler, en est une illustration. Les sujets ne manquent pas : le président Joe Biden y participe exceptionnellement, pour marquer la reprise du lien transatlantique, et, de la Russie à la Turquie, les tensions extérieures justifieraient en temps normal toute l’attention des Européens.

Mais c’est sur les tensions sur la production et la distribution des vaccins anti-Covid-19 que devaient se concentrer les discussions. L’Union européenne, partie trop tard dans l’offensive vaccinale et confrontée à la pénurie, cherche désespérément à sauvegarder le plus grand nombre de doses possible pour ses 450 millions d’habitants.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les Vingt-Sept durcissent le contrôle des exportations de vaccins hors UE

Cela passe donc par le contrôle des exportations, puisque plusieurs usines fabriquant des vaccins se trouvent sur le sol de l’UE. La Commission européenne souhaite renforcer un mécanisme d’autorisation des exportations, qu’elle a mis sur pied en janvier, pour éviter que certains laboratoires pharmaceutiques n’expédient à l’étranger une partie de cette précieuse production sans avoir rempli leurs contrats avec Bruxelles.

Gestion confuse par AstraZeneca

Sur plus de 300 demandes d’autorisation, une seule a été refusée, concernant un lot de vaccins AstraZeneca à destination de l’Australie. Mais le contentieux avec ce groupe pharmaceutique britannico-suédois, qui a réduit de deux tiers la livraison des vaccins que lui a commandés l’UE, s’est alourdi. La Commission soupçonne AstraZeneca de livrer en priorité au Royaume-Uni des vaccins produits sur le continent et veut donc exercer une pression plus forte sur cette entreprise. Elle veut aussi éviter un détournement du mécanisme international Covax, destiné aux pays pauvres.

L’exaspération des dirigeants de l’UE est compréhensible. La gestion par AstraZeneca de cette crise est confuse, opaque et loin d’être irréprochable. L’Europe a certes manqué de clairvoyance et d’agilité dans les commandes de vaccins en 2020, mais les faux pas de ce groupe pharmaceutique l’ont gravement handicapée, au moment où montait la troisième vague du virus.

Il serait sage, cependant, que les leaders européens évitent de succomber à la tentation du protectionnisme vaccinal. Outre qu’il envenimerait une relation déjà très compliquée avec Londres, il risquerait de se retourner contre l’UE, tributaire de son interdépendance avec l’extérieur, y compris pour les produits entrant dans la composition des vaccins. L’Europe qui protège, oui. L’Europe qui bloque, non.

Notre sélection d’articles sur les vaccins contre le Covid-19

Le Monde

via LeMonde

Total
1
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post

An 64 du rappel à Dieu de Serigne Babacar : Le Sénégal se rappelle son 1er Khalife

Next Post

Quand le gouvernement muscle la protection de ses fleurons industriels

Related Posts