Dacian Ciolos : « L’Union européenne doit de toute urgence relancer le processus d’élargissement »

En 2014, l’ancien président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a mis un terme à la politique d’élargissement de l’Union européenne. Par ce geste, il admettait simplement un fait politique : à l’époque, aucun dirigeant national de l’Union européenne (UE) ne voulait supporter le coût politique de l’élargissement. L’impact de l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale en 2004-2007 a été majeur, tant au niveau de l’opinion publique dans les anciens Etats membres qu’au niveau du fonctionnement des institutions européennes, du budget, des priorités de l’UE, des sensibilités politiques. L’élargissement était devenu un sujet politique tabou.

De mon point de vue, c’était une erreur et nous avons vu ce qui s’est passé ensuite tant dans les Balkans occidentaux [Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie et Kosovo] que dans le voisinage oriental, avec l’influence et les exigences croissantes de la Russie, ainsi que le sentiment d’abandon qu’ont ressenti les forces pro-européennes de ces pays. L’invasion de l’Ukraine par la Russie rouvre le sujet. Mais même dans ces conditions, l’élargissement de l’UE reste un sujet de division pour les dirigeants européens. Le dialogue de sourds entre l’est et l’ouest de l’Europe semble se poursuivre. Les arguments bureaucratiques, les positions défensives, les retards institutionnels semblent masquer le manque de volonté et de courage politique.

Ma position est claire et constante depuis de nombreuses années : l’élargissement est nécessaire et bénéfique pour l’Union européenne s’il est entrepris avec vision et non par opportunisme électoral ou politique. L’attente et l’indécision ne sont pas des solutions. L’Union européenne doit de toute urgence relancer le processus d’élargissement avec un plan adapté aux réalités politiques et géostratégiques d’aujourd’hui. Cela nécessite un leadership politique, la reconnaissance de la dimension identitaire et idéologique de l’élargissement et la construction d’un mécanisme de négociation et d’intégration progressive qui donne du réalisme à ce processus. Le mécanisme pourrait s’inspirer, par exemple, de la méthodologie d’élargissement adoptée en 2020 lors du sommet UE-Balkans occidentaux. Les étapes qui y sont énoncées pourraient être adaptées afin que le processus de négociation d’adhésion dépasse le seuil bureaucratique et fournisse des résultats tangibles pour les citoyens des pays candidats, avant même la conclusion des négociations et la signature des traités d’adhésion.

Il vous reste 71.42% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess