Dans le camp de Balata, la bataille de succession du Fatah se prépare

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Publié aujourd’hui à 10h52

La lumière n’entre pas dans les venelles serrées de Balata, le plus grand camp de réfugiés de Cisjordanie, à l’entrée de Naplouse. Mais la pluie y glisse sans gêne, sans limite, charriant la terre et les ordures, renvoyant chez eux les jeunes hommes du quartier aux prodigieuses coiffures gominées. Les guetteurs armés de la police, invisibles sur les toits, peuvent baisser la garde.

Des affiches de « martyrs » palestiniens, dans le camp de réfugiés palestiniens de Balata, à l’entrée de Naplouse, en Cisjordanie, le 23 février 2021.

Depuis l’automne, Balata bouillonne. L’Autorité palestinienne (AP) multiplie les arrestations dans cette zone rétive à son contrôle, créée pour des réfugiés de la guerre de 1948, où 27 000 personnes se serrent sur moins de 1 kilomètre carré. Chaque incursion menace de dégénérer en échanges de tirs, et ça ne manque jamais : les jeunes hommes font émeute, se répandant sur les boulevards de Naplouse. Ici les armes ne sont pas tournées contre Israël – dont les soldats mènent eux aussi des arrestations régulières dans le camp –, mais entre Palestiniens. Tous se réclament du Fatah.

Au sein du parti au pouvoir, les hiérarques s’écharpent à bas bruit, à l’approche des élections législatives et présidentielle prévues en mai et en juillet, les premières en Palestine depuis 2006. Le renseignement militaire israélien surveille cela avec inquiétude. Il y devine les prémices d’une lutte violente, au sein du Fatah, pour la succession du président Mahmoud Abbas, âgé de 85 ans, qui n’a pas d’héritier « naturel ».

Le gouverneur de Naplouse, Ibrahim Ramadan, à la sortie de son bureau, le 23 février 2021.

Dans les rues de Balata, ces tensions se sont déjà traduites par un mort. En octobre 2020, Hatem Abou Rizq, 35 ans, impliqué dans une « dispute entre familles rivales », s’est tué en manipulant des explosifs, selon le gouverneur de Naplouse, Ibrahim Ramadan. Pour ses camarades, c’était un assassinat planifié par la police. Le quartier général du Fatah dans le camp a été incendié. Les meneurs des jeunes hommes armés du camp se cachent. Les plus jeunes, eux, craignent les policiers en civil qui, disent-ils, les surveillent et suscitent les violences. « Quand ils tirent, c’est pour tuer », affirme Mohammed Abou Jaber, 25 ans.

L’« épouvantail » Mohammed Dahlan

Le gouverneur l’assure : Hatem Abou Rizq était payé par un cacique en exil du Fatah, Mohammed Dahlan, pour provoquer des troubles dans le camp. « Mais ce n’est pas pour ça qu’il est mort », précise-t-il. Ce nom, Dahlan, provoque au sein de l’Autorité palestinienne des poussées de fièvre irrationnelles. Agé de 59 ans, l’ancien chef du contre-terrorisme palestinien est tombé en disgrâce en 2011. Il a été condamné in abstentia pour corruption et s’est réinventé aux Emirats arabes unis.

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via LeMonde

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