Dans le camp de réfugiés palestiniens d’Al-Jalil, au Liban, l’amertume et les dettes après le calvaire de Minsk

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Publié aujourd’hui à 10h20

Rien n’est allé comme l’avait imaginé Amer. Comme des milliers de malheureux du Proche-Orient, ce Palestinien du Liban, père de quatre enfants, avait vu dans l’escale de Minsk un trajet plus sûr que la traversée de la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. « L’intermédiaire » qui lui avait fourni visa et billet d’avion à prix d’or le lui assurait : tout serait simple, il y aurait un passeur de part et d’autre de la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. « Il n’y avait pas encore beaucoup d’images de violence quand j’ai pris l’avion », dit Amer, 47 ans, qui réside dans le camp d’Al-Jalil, à l’entrée de Baalbek, dans l’est du Liban. C’était en octobre. Parti avec deux amis, ce peintre en bâtiment a rebroussé chemin le 7 novembre : en Biélorussie, où les autorités ont créé de toutes pièces une crise migratoire destinée à faire pression sur l’UE, il n’a rencontré qu’arnaques et angoisses.

C’est dans le petit logement familial, aménagé dans une ancienne caserne de l’armée française aux escaliers décatis, qu’il livre son récit. Souzane, son épouse, interrompt la préparation du déjeuner et tempête. « Je ne voulais pas qu’Amer revienne comme ça, il aurait dû attendre, essayer de passer la frontière, d’autres ont réussi ! Maintenant, on a les mêmes problèmes qu’avant, et des dettes en plus ! » Amer, qui a emprunté de l’argent pour voyager, ne bronche pas. Des voisins l’ont aussi tancé. D’autres ont trouvé qu’il avait eu raison de revenir, face au danger.

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En deux semaines, Amer a enchaîné les déboires. Le trafiquant dont il a le contact, à Minsk, ajourne les plans et fait monter les enchères. Puis il les conduit, lui et ses amis, dans une maison proche de la frontière, où il les enferme, en leur promettant une traversée imminente de la forêt qui borde la Pologne. Au final, un homme les reconduit manu militari à Minsk. « On a commencé à avoir peur. » L’argent diminue. A la frontière, les migrants sont transformés en pions par les militaires biélorusses, face aux forces polonaises. La violence augmente. Persuadé que le passage est désormais impossible, n’ayant pas assez de dollars pour s’assurer un « bon » passeur, Amer opte pour un retour au Liban avec ses deux compagnons d’infortune. Ultime humiliation : ils doivent s’acquitter d’une amende à l’aéroport, à cause de l’expiration de leur visa, avant de s’acheter un billet Minsk-Istanbul-Beyrouth.

Un homme regarde ses pigeons voler au-dessus du camp d’Al-Jalil, dans la vallée de la Bekaa, au Liban, le 19 novembre 2021.
Amer, Palestinien, montre les tampons sur son titre de voyage pour réfugié, dans le salon de son petit appartement du camp d’Al-Jalil, à l’entrée de Baalbek, à l’est du Liban, le 19 novembre 2021.

L’étape de Minsk, à partir de laquelle il comptait gagner l’Italie, y demander l’asile, puis faire venir sa famille, était sa quatrième tentative pour rejoindre le Vieux Continent. Par le passé, il avait essayé via la Turquie et l’Egypte. Son obsession : offrir une « bonne éducation » à ses enfants. La détresse des réfugiés palestiniens est une manne en or pour les trafiquants. Descendants des populations expulsées à la création d’Israël, en 1948, ils sont privés de nombreux droits au Liban et ont été oubliés des tentatives de règlement du conflit israélo-palestinien. Pour beaucoup, la crise économique et financière qui assomme le pays du Cèdre est le coup de massue de trop.

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via LeMonde

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