Dans le fief d’Yves Rocher, silence et embarras sur la guerre en Ukraine

Il fait chaud, ce dimanche 24 avril. Tellement chaud que les électeurs de La Gacilly (Morbihan) cherchent de l’ombre sur le parvis de la mairie pour commenter ce second tour de l’élection présidentielle. Devant l’hôtel de ville de cette commune de presque 4 000 habitants nichée entre Rennes et Vannes, chacun s’épanche sur les méthodes du président candidat Emmanuel Macron, la percée du Rassemblement national, l’invasion russe de l’Ukraine, l’impact de la guerre sur l’activité d’Yves Rocher… Ce dernier point tracasse particulièrement les Gaciliens.

L’écosystème local dépend du dynamisme du mastodonte de la cosmétique (2,5 milliards de chiffre d’affaires annuel, 18 000 collaborateurs dans 115 pays, dix marques dont Yves Rocher, Petit Bateau, Daniel Jouvance…). C’est à La Gacilly qu’Yves Rocher a fondé, en 1959, cet empire que ses descendants détiennent toujours à 98,8 % et font prospérer. Plus de 3 000 personnes travaillent dans les usines alentour. Ce dimanche, l’énoncé du nom de l’entreprise crispe les échanges. Rires embarrassés. Le sujet est « tabou » dans le contexte actuel. Quelques jours plus tôt, l’opposant russe Alexeï Navalny a soutenu Emmanuel Macron sur Twitter, après avoir rappelé que sa détention a été provoquée par la plainte d’une société française.

Ici, tout le monde sait qu’Alexeï Navalny vise Yves Rocher, car c’est à la suite de la plainte pour suspicion d’escroquerie que la filiale russe de la société de cosmétique a déposée, en 2012, contre la compagnie de transport dont M. Navalny était actionnaire que le pouvoir russe l’a condamné à trois ans et demi de prison avec sursis. C’est en s’appuyant sur ce jugement, à la suite d’un non-respect de son contrôle judiciaire, que l’opposant a été emprisonné à partir de 2021. Les silences sont encore plus pesants lorsqu’on questionne la stratégie de la marque depuis le début du conflit en Ukraine, le 24 février.

Alors que certains groupes français comme LVMH, Kering ou Renault ont quitté la Russie, Yves Rocher, comme d’autres, y commerce toujours. Soudain, un homme fait irruption depuis la mairie. Ce quadragénaire a été « averti » de la possible présence de journalistes du Monde s’intéressant au principal employeur de la commune et à son impact sur le territoire. Conseiller municipal chargé de la communication, Youenn Combot s’agace, puis demande à vérifier les cartes de presse. « Pour parler d’Yves Rocher, contactez l’entreprise. Pas la mairie », indique-t-il. Les deux entretiennent pourtant un lien fusionnel.

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via LeMonde

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