Dans le sud de la Cisjordanie, le désarroi des Palestiniens après la validation de leur expulsion par la Haute Cour de justice israélienne


Au village de Jinba, à Massafer Yatta (Cisjordanie), le 6 mai 2022.

De ces collines où la végétation de printemps achève de partir en poussière, la vue s’étend loin vers le désert du Néguev. Des oliviers, du blé poussent chichement en contrebas du hameau palestinien de Jinba, qui paraît s’accrocher à cette terre inhospitalière. Le bâti est en bonne part d’aluminium et de plastique. L’eau est acheminée par citernes, l’électricité produite par des panneaux solaires. Tout dans cet extrême sud de la Cisjordanie occupée est temporaire, sauf les grottes de roche calcaire où les villageois dorment au plus chaud de l’été, au plus froid de l’hiver.

Quelque dizaines de familles vivent ici, des Bédouins sédentarisés, à la merci de destructions du bâti que mène l’armée israélienne depuis les années 1980. Aujourd’hui, ils craignent d’atteindre la fin d’un long combat pour demeurer sur leurs terres. La Haute Cour de justice israélienne a rejeté tous les arguments de leurs pétitions en catimini, tard dans la nuit du 4 au 5 mai, à la veille de la célébration de la naissance de l’Etat, en 1948. Elle met fin à deux décennies de procédures judiciaires, et ouvre la voie à l’expulsion d’un millier de Palestiniens, répartis sur huit hameaux dans la région de Masafer Yatta.

Vue du village de Jinba, à Massafer Yatta (Cisjordanie), le 6 mai 2022.

« La Haute Cour de justice d’Israël a statué que le transfert forcé de centaines de Palestiniens de leurs maisons et la destruction de leurs communautés – dans le but manifeste de s’emparer de leurs terres (…) était légal », a dénoncé l’ONG anticolonisation israélienne B’Tselem. Par cette décision, la Haute Cour balaie l’un des fondements du droit international et de la convention de Genève de 1949, défini comme un crime contre l’humanité par le statut de Rome. Adoptée à l’unanimité par trois magistrats, elle a été rédigée par le juge David Mintz. Ce colon, qui réside dans l’implantation de Dolev (centre), a été nommé en 2017 par une ministre de la justice d’extrême droite, Ayelet Shaked, dont le long travail de sape porte ses fruits.

Les juges estiment qu’une telle expulsion n’est pas motivée par des raisons politiques, mais de sécurité, et répond à une demande de l’armée. C’est dire qu’ils entérinent un rapport de force. L’administration militaire a fait de la région un champ de tir en 1981, un parmi d’autres en Cisjordanie, où ils prolifèrent depuis la conquête israélienne de 1967 – 18 % du territoire en est couvert. A l’époque, le général Ariel Sharon use de son ministère de l’agriculture pour faire avancer la colonisation. Il estime que cette zone réservée, autour de Masafer Yatta, permettra de contenir « l’expansion de villageois arabes des flancs de montagnes vers le désert ».

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via LeMonde

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