Dans les pays anglo-saxons, des destructions d’archives inquiétantes

Aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni, les historiens font état d’entraves à l’accès de documents classifiés, mais également de destructions d’archives. Professeur d’histoire à l’université Columbia, à New York, Matthew Connelly suit la question de la conservation des archives dans son pays avec inquiétude. « La situation aux Etats-Unis est plutôt déprimante, confie-t-il. Ce ne sont pas seulement les retards dans la déclassification, qui ne cessent de s’aggraver. Beaucoup moins d’archives sont communiquées par rapport à il y a vingt ans. C’est aussi lié au fait que les archivistes sont tellement débordés par le volume de documents qu’ils en détruisent beaucoup sans véritable examen ».

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Le 4 février 2020, M. Connelly signalait dans le New York Times plusieurs cas inquiétants de destruction d’archives. Tout d’abord, il rappelait que, pendant sa présidence, Donald Trump avait pris l’habitude de déchirer ses papiers et de les jeter, afin d’éviter d’éventuelles poursuites. Une violation flagrante du Presidential Records Act. D’autre part, il révélait que les archives nationales avaient autorisé la destruction de millions de documents, dont beaucoup se rapportaient aux droits des immigrants.

Pour ce qui est de l’accès aux archives américaines, Christian Wenkel, maître de conférences en histoire à l’université d’Artois (Pas-de-Calais), constate qu’il y a peu de différences avec la France. « Théoriquement l’accès aux archives américaines classifiées est plus facile, mais les dérogations prennent plus de temps et, dans les cartons “déclassifiés”, vous trouvez beaucoup de fantômes [des passages caviardés] dans des documents qui restent classifiés. Dans les deux cas, il suffit de peu pour qu’une administration considère un document comme toujours sensible, même des décennies après », détaille l’historien.

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Nombreux obstacles

Robert Gildea, professeur d’histoire à l’université d’Oxford, observe une situation analogue au Royaume-Uni : si, en apparence, le système est plus libéral qu’en France, les chercheurs se heurtent en revanche à de nombreux obstacles. « Les Archives nationales doivent en principe communiquer les documents officiels après trente ans. Mais il y a beaucoup de restrictions en ce qui concerne la sécurité nationale, la justice, les cas personnels… », relève l’historien, qui fait état d’une ouverture très relative des archives secrètes. « Il y a dix ans, au moment d’un procès intenté par des victimes Mau Mau du pouvoir colonial au Kenya, on a découvert qu’à l’indépendance, en 1963, on a soit détruit soit caché à Hanslope Park [Buckinghamshire] les archives coloniales », explique-t-il. Membre d’une commission de la British Academy, il s’est rendu à Hanslope Park en 2014, où les documents qu’il a pu consulter étaient souvent caviardés. Une pratique qui n’a pas cours en France…

via LeMonde

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