Dans les villes judéo-arabes d’Israël, « la prochaine explosion n’est qu’une question de temps »


Un homme passe devant des voitures incendiées après une nuit de violence entre des manifestants arabes israéliens et la police dans la ville de Lod, au centre d’Israël, mardi 11 mai 2021.

Dans les faubourgs aux immeubles défraîchis de Lod, plantés dans les plaines du centre d’Israël, rares sont les passants qui ont envie de parler. Une des traces, sans doute, des traumatismes de mai de 2021 : la ville, où Juifs et Arabes vivaient alors côte à côte, sans vraiment se mélanger, a explosé du jour au lendemain. Deux habitants ont été tués lors des émeutes qui ont opposé les deux communautés. Les scènes de lynchage, de vandalisation de lieux de culte et de saccage de magasins ont rapidement essaimé dans les autres villes dites « mixtes » d’Israël. Alors en guerre contre Gaza, l’Etat hébreu a vu un autre front s’ouvrir, à l’intérieur de ses frontières, entre ses citoyens.

Un an plus tard, à Lod, « l’ambiance est pourrie », résume un commerçant. Dans le quartier de Ramat Eshkol, épicentre des violences de l’an dernier, il attend le chaland avec deux amis. Aucun ne veut donner son nom. Ils font partie des 20 % de citoyens palestiniens d’Israël, descendants de ceux qui sont restés lors de la Nakba (« catastrophe »), l’exode forcé de 700 000 Palestiniens à la création de l’Etat hébreu en 1948. « C’est simple, on vit sous occupation. On est victimes de racisme, tout le temps, lâche finalement l’un d’eux, la quarantaine au visage rond. Je suis arabe, palestinien, israélien. Ils veulent qu’on oublie qui on est, depuis 1948, mais on n’oublie pas. On vit dans ce pays, alors on va résister ici. »

Ambiance nauséabonde

Les trois hommes accusent le maire de Lod, Yair Revivo, membre du Likoud, la formation de droite de l’ancien premier ministre Benyamin Nétanyahou, d’alimenter cette ambiance nauséabonde. L’édile est connu pour ses politiques d’exclusion à l’égard de ses administrés palestiniens, qui représentent le tiers des 80 000 habitants. L’an dernier, face aux violences, il a demandé le renfort des gardes-frontières, normalement postés en Cisjordanie occupée. Il a aussi appelé à la rescousse des groupes de volontaires juifs, issus pour la plupart du mouvement des colons, qui ont patrouillé armés dans les rues.

« N’importe qui aurait pu prédire ce qui s’est passé en mai, note le chercheur israélien Haim Yacobi, architecte, professeur au University College de Londres. Les Palestiniens de Lod sont doublement exclus : en tant qu’habitants arabes de la ville et en tant que citoyens palestiniens d’Israël. C’est le résultat de politiques qui ont leurs racines dans le caractère colonial d’Israël. » Quand l’universitaire entame ses recherches sur la ville, en 2000, lors de la deuxième Intifada, personne ou presque ne manifeste. Les résidents palestiniens veulent montrer qu’ils sont citoyens d’Israël, essayer d’obtenir des changements de l’intérieur.

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via LeMonde

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