Dans l’Ouest américain, une sécheresse millénaire aux conséquences inédites

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Publié aujourd’hui à 06h11

« Zone brûlée ». A l’embranchement de la route 14, un panneau barre la circulation. La forêt est interdite « à tous les usagers ». En ce mois de juillet, on ne peut pas accéder à la source du Colorado, au lac du col de la Poudre. C’est de là que s’élance le grand fleuve de l’Ouest américain, à 3 100 m d’altitude, à l’ombre des Never Summer Mountains, les montagnes qui ne voient jamais l’été. D’habitude, c’est une destination prisée des randonneurs. Mais le paysage est aujourd’hui défiguré.

L’an dernier, cette région du nord du Colorado, qui s’étend le long de la rivière Cache la Poudre, a subi le plus grand incendie qu’ait connu l’Etat. « On a été évacués trois mois », dit Tasha Collins, la propriétaire du Trading Post Resort, un établissement situé près du village de Rustic, doté d’un ours empaillé et de cabanes de rondins appréciées des amateurs de pêche à la mouche. L’incendie, le Cameron Peak Fire, n’a été déclaré circonscrit qu’en décembre 2020, après cent douze jours : seule la neige en est venue à bout. Il a laissé derrière lui une mosaïque de troncs brûlés et une rivière remplie de cendres.

La rivière Cache la Poudre, le 29 juin 2021.
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Un an plus tard, les bénévoles de l’association Poudre Wilderness Volunteers s’activent au col Cameron. Il faut couper, déblayer les arbres tombés sur les sentiers – des pins ponderosa plus que centenaires –, remonter les 17 ponts détruits. Dans certains endroits, il a fait si chaud que la terre a « formé une croûte imperméable », décrit Mike Corbin, leur responsable. Avec 300 membres, l’association, créée en 1996 quand le service national des forêts a réduit ses budgets, est la plus importante de ce type aux Etats-Unis. Après le Cameron Peak Fire, elle a été submergée de donations, un signe de l’émotion des habitants – Denver, la capitale de l’Etat, ne se trouve qu’à 200 km –, saisis par la violence du feu et asphyxiés par la fumée.

« Le climat change, c’est clair »

En ce week-end de juillet, les volontaires sont sur liste d’attente pour aider à restaurer la forêt. Deux mille arbres calcinés ont été dégagés des sentiers. Il en reste au moins trois fois plus. « Le climat change, c’est clair, soupire Mike Corbin. Avant, le temps était beaucoup plus prévisible. L’été on avait des orages tous les après-midi. » Maintenant, la « mousson » (le terme employé dans l’Ouest américain) est erratique. L’an dernier, elle ne s’est même pas matérialisée. Au printemps, à la fonte des neiges, l’eau a pénétré dans le sol assoiffé, plutôt que de se déverser dans les cours d’eau. Le Colorado n’a jamais été aussi épuisé.

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via LeMonde

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