Défense : le ministère réfléchit à réquisitionner le secteur civil pour refaire ses stocks d’armes


Rénovation et entretien du Caesar, un canon de 155  mm à longue portée, sur le site industriel Nexter, à Roanne (Loire), en  2018. 

Alors que la guerre en Ukraine a levé le voile sur la faiblesse des stocks d’un certain nombre d’équipements militaires et de munitions dans les pays occidentaux, des discussions très avancées sont en cours, en France, sur la façon d’y remédier. Selon nos informations, des réflexions sont notamment engagées sur un texte législatif permettant la réquisition de matériaux ou de compétences d’entreprises civiles sans que la France soit formellement en guerre, comme l’encadre la loi aujourd’hui. Un projet piloté par la direction générale de l’armement (DGA) en coordination avec les industriels de la défense et plusieurs ministères.

Alors que s’ouvre, lundi 13 juin, Eurosatory, un des principaux salons mondiaux de l’armement, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), où est attendu Emmanuel Macron, ce texte se veut inspiré du modèle américain. Depuis 1950 et la guerre de Corée, les Etats-Unis disposent d’une loi – le Defense Priorities and Allocations System Program (DPAS) – qui les autorise à réquisitionner certains secteurs à des fins de sécurité nationale. Une notion qui dépasse le simple cadre de la guerre. « Nous réfléchissons à un dispositif comme en ont les Etats-Unis », confirme Alexandre Lahousse, ingénieur général de l’armement (IGA), chef du service des affaires industrielles et de l’intelligence économique de la DGA.

Ce texte serait nécessaire en raison du fait que les entreprises de la base industrielle et technologique de défense sont essentiellement « duales », travaillant à la fois pour les secteurs civil et militaire, à l’image de Thales, Dassault Aviation, Aubert & Duval et quatre mille PME. Avec ce dispositif, l’Etat pourrait demander à certaines d’utiliser, au moins temporairement, leurs capacités de production civiles à des fins militaires.

Accélérer les cadences

Dans le cas des sociétés qui fabriquent uniquement de l’armement, l’enjeu serait d’anticiper le transfert de certaines catégories d’employés très spécialisés d’une chaîne à une autre, en développant leur polyvalence. Mais aussi d’« identifier quelles sociétés ayant des compétences proches pourraient fournir une capacité supplémentaire », détaille l’IGA Lahousse. L’Etat pourrait par exemple demander à une PME de mécanique de précision qui ne travaille pas pour le secteur de la défense de se mettre à disposition d’un industriel de l’armement pour accélérer ses cadences.

Ce « DPAS » à la française permettrait aussi d’avoir plus de leviers sur les approvisionnements en matières premières. Un dispositif de veille existe déjà sur le titane, l’acier, les métaux rares et certains composants électroniques. « Nous sommes en train de revisiter un certain nombre de nos dépendances », confirme l’IGA Lahousse. Des réflexions sont ainsi en cours pour développer le recyclage du titane. Des discussions sur l’approvisionnement en semi-conducteurs menées avec les Etats-Unis pourraient, elles, aboutir avant la fin de l’année, espère-t-on à la DGA. Certains industriels craignent que Washington ne réquisitionne des matériels pour ses propres armées. « Ils se serviront les premiers en titane », s’était ému Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, le 30 mars, à l’Assemblée nationale.

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via LeMonde

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