Des milliers de femmes manifestent pour le droit à l’avortement en Amérique latine

Des femmes manifestent devant l’ancien Congrès national, pendant la Journée internationale pour le droit à l’avortement sûr et légal, à Santiago du Chili, le 28 septembre 2021.

Elles sont des milliers à être descendues dans les rues d’Amérique latine pour réclamer le droit de disposer de leur corps. Du Mexique au Pérou, en passant par le Salvador, le Chili et la Colombie, les manifestantes arborant le foulard vert – symbole de la lutte pour la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) – ont défilé mardi 28 septembre à l’occasion de la Journée mondiale du droit à l’avortement. Sur leurs pancartes, on pouvait lire « Avortement légal maintenant » ou « Droit de décider ». La plupart des pays de la région interdisent, en effet, l’avortement, infligeant à des centaines de femmes du sous-continent des peines de prison.

En Amérique latine, l’interruption volontaire de grossesse est légale en Uruguay, à Cuba, en Argentine, dans la ville de Mexico et trois Etats mexicains. Elle est totalement interdite au Salvador, au Honduras, au Nicaragua, en République dominicaine et en Haïti. Dans les autres pays d’Amérique latine, l’avortement n’est autorisé que dans les cas où la vie de la femme est en danger, ou dans certains cas s’il y a eu viol ou si le fœtus n’est pas viable.

Lire notre grand récit : La légalisation de l’IVG en Argentine, un si long combat

Un droit limité dans de nombreux pays

Au Salvador, la législation interdit l’IVG en toutes circonstances et les peines peuvent aller jusqu’à huit ans de prison. Mais les procureurs et les juges classent les cas d’avortement, y compris involontaire, comme « homicide aggravé », passible d’une peine de cinquante ans de prison. Actuellement, dix-sept femmes sont incarcérées pour ce dernier chef d’accusation, repérées après qu’elles ont cherché à se faire soigner pour urgence obstétrique. En réponse, des centaines de Salvadoriennes ont présenté un projet de loi permettant l’avortement sous certaines conditions assez restrictives.

A la mi-septembre, le président, Nayib Bukele, avait refusé de garder dans la nouvelle Constitution du pays un passage reconnaissant « le droit à la vie, aussi bien de l’enfant à naître que de la mère enceinte ». Ce texte, s’il avait été maintenu, aurait ouvert la voie à l’avortement thérapeutique dans le cas où la vie de la mère est été en danger.

Lire notre reportage : Au Salvador, les femmes vivent dans une « vulnérabilité totale »

Au Mexique, plusieurs dizaines de femmes ont manifesté dans la capitale, Mexico, quelques semaines après que la Cour suprême a déclaré inconstitutionnelle la pénalisation de l’avortement. « A partir de maintenant, il ne sera pas possible, sans violer les critères du tribunal et de la Constitution, de poursuivre une femme qui avorte dans les cas validés par ce tribunal », a déclaré le président de la cour, Arturo Zaldivar. L’avortement était en effet encore criminalisé dans certains Etats du pays. Désormais dans ces territoires les femmes pourront avoir accès à l’avortement sur décision d’un juge. Autre conséquence de l’arrêt de la Cour suprême : les femmes emprisonnées pour avoir avorté pourront demander à recouvrer leur liberté.

En Colombie, des centaines de femmes se sont rassemblées devant le Congrès de Bogota pour exiger la mise en place d’une loi pour permettre une interruption volontaire de grossesse. Dans le pays, l’IVG est légal uniquement en cas de malformation du fœtus, risque mortel pour la mère ou à la suite d’un abus sexuel. Au moins 205 femmes ont été condamnées pour avoir avorté depuis 2005, selon un rapport du collectif La Mesa por la Vida y la Salud de las Mujeres.

Au Pérou, un groupe de jeunes femmes manifestaient à Lima, brandissant notamment une pancarte « Un Etat qui n’accorde pas le droit à l’avortement est un Etat féminicide ». Une légalisation que le nouveau président péruvien de gauche, Pedro Castillo, conservateur sur les questions sociales, avait d’emblée rejetée lors de sa récente campagne électorale.

Des manifestants brandissent un drapeau vert, symbole de la lutte pour la dépénalisation de l’avortement, à Santiago du Chili, le 28 septembre 2021.

Vote au Chili

Au Chili, la manifestation de mardi coïncidait avec l’agenda politique : ce jour-là, les députés chiliens ont approuvé une proposition de loi dépénalisant l’avortement jusqu’à 14 semaines de grossesse. Le texte devant encore être débattu au Sénat.

« La dépénalisation de l’avortement est approuvée ! C’est pour toutes les femmes et les personnes enceintes qui ont été persécutées et criminalisées, surtout si elles ont peu de ressources financières », s’est félicitée sur Twitter la députée communiste Camila Vallejo, une des autrices du texte.

Les parlementaires ont commencé à débattre en janvier de cette proposition de loi déposée en 2018 par l’opposition de gauche pour éviter une peine de prison aux femmes choisissant de se faire avorter.

Jusqu’à 2017, le Chili était un des rares pays n’autorisant l’avortement sous aucune condition, selon une loi votée sous la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). Sous la pression de mouvements féministes, un texte avait finalement été voté permettant l’avortement en cas de danger pour la vie de la mère, de l’enfant ou de viol.

Mais selon les associations, ces IVG ne représentent que 3 % des milliers d’avortements clandestins qui ont lieu chaque année dans ce pays de 18 millions d’habitants.

Retrouvez notre entretien avec la politiste Bérengère Marques-Pereira : « Empêcher une femme de recourir à l’avortement met en cause le droit à la santé »

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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