Deux livres, deux Etats, une Corée : tourments et espoirs

Le monument à la fondation du Parti du travail de Corée, à Pyongyang (1995, Corée du Nord).

« Une haute clôture à Pyongyang » (Tongnamu chip), de Sung Hye-rang, traduction anonyme du coréen, Maisonneuve & Larose/Hémisphères, 384 p., 24 €.

« Le Prisonnier » (Suin), de Hwang Sok-yong, traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, Picquier, 840 p., 26 €, numérique 17 €.

Corée divisée d’un trait sur la carte, à la suite de la défaite de l’occupant japonais, en 1945 ; guerre fratricide qui s’ensuivit, de 1950 à 1953 : voici deux récits de vie tissés de ces drames. Deux textes où nombre de Coréens, dans le Nord comme dans le Sud, ont vu le reflet de leurs tragédies personnelles. Et où les destinées des auteurs se font écho. Sœur de la compagne du dirigeant Kim Jong-il (1942-2011), Sung Hye-rang a appartenu au premier cercle du régime nord-coréen avant de faire défection, en 1996 ; quant à Hwang Sok-yong, célèbre écrivain et grande figure de la dissidence dans le Sud, il fut le témoin engagé des grands événements de la péninsule.

Sung Hye-rang, témoignage à charge

Publiée en Corée du Sud en 2000, « l’autobiographie » de Sung Hye-rang n’est pas de la main d’une écrivaine. Mais elle n’en est que plus émouvante, comme si l’autrice se devait de témoigner simplement pour ceux et celles qu’elle a aimés et qui ne sont plus. Son récit n’est en rien un règlement de comptes avec le régime qu’elle a fui. Témoignage à charge, certes, il se suffit à lui-même sans que Sung Hye-rang ait à émettre de jugement. En dépit des souffrances qu’elle lui a infligées, la Corée du Nord reste « son » pays.

Lire aussi (2016) : La Corée garde ses esprits

En Corée, le passé reste une plaie à vif, et le présent est inintelligible sans remonter le temps. Le récit commence donc avec le journal de sa mère. La vie des Sung est révélatrice de la volée d’espoirs en une société plus juste qui se construisait au Nord. Son père, héritier d’une famille de propriétaires terriens, et sa mère, journaliste militante à l’espoir chevillé au corps, choisirent alors, contre leurs intérêts de classe, de franchir la ligne de démarcation. L’illusion fut brève : dénoncée comme « exploiteurs du peuple », la famille fut victime des grandes purges du lendemain de la guerre, époque où l’idéologie armait les esprits et éperonnait les corps.

Sung Hye-rang évoque aussi le destin de sa sœur cadette, la belle Sung Hye-rim (1937-2002), devenue une star du cinéma et la compagne de Kim Jong-il, dont elle aura un enfant, Kim Jong-nam (assassiné à l’aéroport de Kuala Lumpur, en Malaisie, en 2017). « Hye-rim accepta de tomber sous l’autorité du prince pour nous sauver », écrit sa sœur.

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via LeMonde

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