Disparition d’Avraham B. Yehoshua, un écrivain à la voix singulière engagé dans le camp de la paix


Avraham B. Yehoshua, le 15 mai 2015.

L’écrivain israélien Avraham B. Yehoshua est mort à Tel-Aviv, en Israël, mardi 14 juin. Il avait 85 ans. Tous ceux qui ont approché l’homme en conserveront l’image d’un être généreux, optimiste, curieux de tout, observateur et voyageur passionné. A rebours de bien des écrivains de son pays, parfois campés dans une posture de précepteur ou d’avertisseur d’incendie, et bien qu’engagé corps et âme dans le camp de la paix avec son ami de toujours, le romancier Amos Oz (1939-2018), il savait rire, sourire et même apparaître dans ses récits sur un mode ironique, comme le ventripotent réalisateur de Rétrospective (Grasset, 2012), qui lui a valu le prix Médicis étranger la même année.

Pour A. B. Yehoshua d’ailleurs, l’implication dans la politique allait de soi puisqu’il persistait à prendre la littérature comme un champ d’expérience éthique, ce qu’il développe dans un essai, Comment construire un code moral sur un vieux sac de supermarché (L’Eclat, 2004). Voir les jeunes auteurs israéliens déserter la parole publique ne l’en agaçait que plus. Ses fictions à lui bruissent des événements qui ont entouré sinon conditionné l’écriture, que ce soit la guerre du Kippour (1973) pour L’Amant (Calmann-Lévy, 1977), son premier roman, publié à l’âge de 40 ans, les attentats et leurs victimes au bas de l’échelle avec Le Responsable des ressources humaines (Calmann-Lévy, 2005), ou les ravages de la colonisation, dans l’un de ses derniers ouvrages, Le Tunnel (Grasset, 2019).

Pour autant, l’art de Yehoshua dépasse les limites du roman à thèse. Il a excellé à bâtir des intrigues aux ressorts complexes ou de vastes fresques historiques ou sociales qui ont incité certains critiques à voir en lui une sorte de « Balzac israélien ». Tel est le cas de Monsieur Mani (Calmann-Lévy, 1994), son œuvre la plus accomplie, à ses propres yeux.

Cette comparaison balzacienne a au moins l’avantage de rappeler l’attachement à l’Europe et à la France d’un auteur qui maîtrise parfaitement notre langue et a passé plusieurs années (de 1963 à 1967) à Paris en tant que shalia’h (délégué israélien) à l’Union mondiale des étudiants juifs. Il s’y rend aussi à l’instigation de sa femme, la psychanalyste Rivka Yehoshua (« Ika »), mère de leurs trois enfants, qui a partagé son existence en compagne et en « amie » disait-il, de 1960 jusqu’à la mort de celle-ci, en 2016.

A l’instar de son contemporain l’historien Zeev Sternhell (1935-2020), Yehoshua a cherché son inspiration plutôt en Europe et en France qu’outre-Atlantique. Le Vieux Continent attire alors les futurs écrivains israéliens qui, comme lui, composent la « génération de l’Etat ». Formée dans les années 1950, celle-ci entend rompre avec le style idéologique, l’« homme nouveau » sioniste et le symbolisme teinté de surréalisme propre aux aînés de la « génération de 1948 » (date de l’indépendance d’Israël).

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via LeMonde

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