Dissolution annoncée de la Knesset : en Israël, le compromis a vécu

Après une courte année d’existence, le gouvernement israélien s’est sabordé. Le premier ministre, Naftali Bennett, a annoncé lundi 20 juin son intention de dissoudre le Parlement avant la fin du mois. La Knesset a enclenché ce processus mercredi. Le centriste Yaïr Lapid doit assumer l’intérim, jusqu’à des élections prévues à l’automne. Ainsi s’achève une expérience inédite qui a réuni huit partis allant de l’extrême droite à la gauche, tout en intégrant pour la première fois une formation arabe.

Cette coalition peut être créditée d’avoir apaisé, un temps, un pays usé par une crise politique profonde, qui a déjà donné lieu à quatre élections depuis 2019 – un record mondial. Réunie par une même volonté d’écarter l’ex-premier ministre Benyamin Nétanyahou, après quinze ans de règne, elle a produit une alternative à la fuite aux extrêmes dans laquelle Israël s’abîme. Elle a mis un terme aux coups de boutoir portés par M. Nétanyahou aux institutions, à commencer par la justice, alors qu’il affronte un procès pour corruption. Elle a calmé une société divisée en pratiquant l’art du compromis.

Pourtant, ce désir de normalité atteint sa limite. La coalition née d’une majorité infime (61 députés sur 120), s’est effritée face à une résurgence du conflit israélo-palestinien, qu’elle avait tenté d’ignorer. Une vague d’attaques terroristes menée par des Palestiniens isolés a fait dix-huit morts en Israël depuis mars. La répression en Cisjordanie a entraîné en réponse la mort de vingt-cinq Palestiniens et près de 2 500 blessés. Des violences policières à Jérusalem durant le mois de ramadan, qui ont culminé lors des funérailles de la journaliste Shireen Abu Akleh, vraisemblablement tuée par l’armée durant un raid en Cisjordanie, ont achevé de ruiner cet esprit d’apaisement que la coalition peinait à maintenir.

Deux voies dangereuses

Ses inspirateurs ont échoué à réunir leurs troupes pour un vote qu’ils espéraient de routine. Ils n’ont pu renouveler une série de lois d’exception, qui perpétuent un régime qualifié d’apartheid par un nombre croissant d’organisations de défense des droits de l’homme, réservant le droit israélien à quelque 450 000 colons – hors de Jérusalem-Est – et soumettant les Palestiniens à une occupation militaire.

Depuis la conquête de 1967, la gauche comme la droite ont voté ces lois tous les cinq ans, arguant qu’elles étaient temporaires. M. Bennett et ses partenaires, pour leur part, n’ont pas même prétendu chercher une issue au conflit. Ils ont théorisé son effacement et laissé la machine d’Etat accroître son contrôle sur la vie des Palestiniens et aménager les territoires au profit des colons.

Ils ont appris à leurs dépens qu’Israël ne peut tout à la fois perpétuer sans fin l’occupation des territoires palestiniens et prétendre à une vie politique normale dans ses frontières. Cet état de fait profite au contraire à ceux qui se nourrissent des divisions du pays. Les sondages créditent pour l’instant de dix sièges au Parlement les suprémacistes juifs que M. Nétanyahou a réunis, en 2021, au sein du vieux Parti sioniste religieux. Ces héritiers d’une nébuleuse terroriste juive, longtemps infréquentables, deviendraient ainsi le troisième parti d’Israël.

Deux voies s’ouvrent désormais, également dangereuses. Il n’est pas assuré qu’un cinquième scrutin en moins de quatre ans dessine à l’automne une majorité nette. Avant cela, M. Nétanyahou peut tenter de réunir une majorité, qui le ramènerait aux affaires sans risquer des élections. Mais il est difficile d’imaginer qu’il apporte au pays un remède, après avoir joué à lui seul un rôle considérable dans l’affaiblissement de l’Etat de droit.

Le Monde

via LeMonde

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