Ekrem Imamoglu, l’homme qui pourrait mettre fin au règne de Recep Tayyip Erdogan


Le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, s’adresse aux journalistes, à Ankara, le 7 mai 2022.

LETTRE D’ISTANBUL

Il met un peu de piment dans la morne vie politique turque. Ekrem Imamoglu, 51 ans, le maire d’Istanbul et le plus charismatique des responsables politiques d’opposition, n’a pas hésité à visiter récemment la province de Rize, sur le littoral de la mer Noire, le fief familial de Recep Tayyip Erdogan, qu’il ambitionne de détrôner lors de la prochaine élection présidentielle, prévue en juin 2023.

A Rize, lundi 2 mai, le jour de l’Aïd-El-Fitr, qui met fin au jeûne du ramadan, une foule compacte, avide de contacts et de selfies, s’est même pressée pour accueillir l’édile le plus populaire de Turquie. Si la fête religieuse était le prétexte officiel de sa tournée, le message délivré pendant son déplacement – à Rize, mais aussi à Trabzon, à Artvin, à Hopa et dans toute la région – fut sans ambiguïté.

Il l’a dit et répété. En vue de la présidentielle, il est « le soldat le plus apte à représenter la coalition de l’opposition », soit six partis (CHP, Iyi Parti, DEVA, Gelecek, Saadet, Parti démocrate) bien décidés à en finir avec le système autocratique d’Erdogan, contre lequel ils veulent présenter un candidat unique.

En retour, la foule a scandé : « Soyez candidat ! Rize est derrière vous », « Rize est fier de vous ! » Un enthousiasme d’autant plus surprenant que la ville est, depuis plus de vingt ans, un réservoir inépuisable de voix pour le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur), fondé et dirigé par Erdogan. Ce dernier a obtenu 77 % des voix de la province lors de la présidentielle de 2018, tandis que le candidat de son parti aux municipales de 2019 a été élu avec 73 % des suffrages.

« Langage de l’amour »

Mais Ekrem Imamoglu, avenant et rassembleur, a ici tout pour plaire. Né à Akçaabat, à l’ouest de Trabzon, dans une famille conservatrice et pieuse, il est un peu l’enfant chéri de la région, quand bien même il vit à Istanbul, où il a fait toute sa carrière politique. Membre du Parti républicain du peuple (CHP, principale formation d’opposition), cet homme d’affaires, qui a fait fortune dans le bâtiment, incarne la relève du vieux parti kémaliste. Sa victoire écrasante aux élections municipales de juin 2019 a mis en péril l’assise électorale de l’AKP, qui régna pendant vingt-cinq ans sur la ville la plus riche et plus peuplée du pays.

Des supporters du parti d’Ekrem Imamoglu, le Parti de la justice et du développement (AKP), durant un meeting à Istambul, le 19 juin 2019.

Si Ekrem Imamoglu séduit autant, c’est qu’il est capable d’insuffler l’espoir à une population majoritairement déprimée par le discours agressif et clivant de ses dirigeants. Lui préfère le « langage de l’amour » à « celui de la rage », comme le stipulait son manifeste de campagne en 2019. A Rize, il a pointé du doigt les problèmes auxquels le pays est confronté, tels l’inflation (70 % sur un an) ou le chômage des jeunes (25 %) et leur exode. « Notre jeunesse ne veut pas rester au pays, encore moins à Rize. Nos jeunes veulent partir à l’étranger, c’est comme s’ils fuyaient. Et s’ils en sont là, c’est qu’il y a un problème », a-t-il déclaré, micro en main, sa femme, Dilek, à ses côtés.

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via LeMonde

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