Electronique : la Chine veut réduire à tout prix sa dépendance aux puces étrangères

Des employés de Semiconductor Manufacturing International Corporation (SMIC) sur une ligne de production, à Shangai, en 2008.

La Chine serait-elle prête à envahir Taiwan pour mettre la main sur TSMC, le premier fabricant mondial des microprocesseurs ? A priori saugrenue, la question a malgré tout, en décembre 2020, fait l’objet d’un article de The Diplomat, une revue anglophone peu connue pour son sens de l’humour. Bonne nouvelle : la réponse est négative. D’abord parce que même si Xi Jinping estime que la « réunification » ne doit pas être « laissée aux générations futures », le président chinois ne semble pas privilégier l’option militaire. Ensuite parce que nul ne peut prédire quels dommages matériels résulteraient d’un conflit armé avec Taïwan. Enfin, parce que, dans tous les cas de figure, TSMC est tellement dépendant de ses fournisseurs occidentaux et notamment nord-américains que, rapidement, un TSMC devenu chinois ne serait plus que l’ombre de lui-même.

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Malgré tout, la question a le mérite de pointer l’importance stratégique des microprocesseurs, qui sont à l’électronique ce que le pétrole est à l’industrie. Or justement, la Chine manque cruellement de ces deux carburants. En valeur, ses importations de puces électroniques (378 milliards de dollars en 2020, soit un peu moins de 326 milliards d’euros) sont même nettement plus importantes que celles de l’or noir (176 milliards).

Sans les puces américaines, ni Alibaba ni Huawei ne seraient devenus des géants mondiaux. La Chine produit 36 % de l’électronique mondiale mais les entreprises chinoises ne fournissent que 7,6 % des semi-conducteurs vendus à travers le monde. Et encore, ce ne sont pas les plus performantes. Semiconductor Manufacturing International Corporation (SMIC), le principal fondeur de puces chinois aurait « quatre à cinq ans de retard sur la technologie de TSMC, malgré près de deux décennies d’investissements », relevait en début d’année une note sur l’industrie chinoise du microprocesseur publiée par le centre de réflexion américain Brookings Institution, intitulée Lagging but motivated (« En retard mais motivée »).

Par conviction et par nécessité

De fait, « l’indépendance technologique » est au cœur de nombre de discours de Xi Jinping ainsi que du 14e plan quinquennal (2021-2025). Par conviction et par nécessité. Les sanctions américaines prises par l’administration Trump, notamment contre Huawei et SMIC, n’ont pu que conforter les dirigeants chinois d’accélérer la localisation de leur industrie. Une révolution dans ce secteur à la pointe de la coopération internationale.

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« En dépit de la rude rhétorique des deux côtés du Pacifique, les entreprises américaines de semi-conducteurs et leurs homologues chinoises travaillent aujourd’hui ensemble sur des centaines sinon des milliers de conceptions de projets et d’efforts conjoints de développement technologique », relève Christopher Thomas, l’auteur de la note de Brookings. Pour le moment, les Etats-Unis se félicitent du retard que continue d’avoir la Chine sur les leaders mondiaux, évalué à dix ou quinze ans selon les segments du marché. Mais les réunions sur ce thème à la Maison Blanche (la dernière a eu lieu le 15 septembre) et les rapports au Congrès le montrent : les Etats-Unis savent que, dans ce domaine aussi, la Chine met les bouchées doubles pour rattraper son retard.

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via LeMonde

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